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3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 22:21

   telechargement-copie-1.jpg   Et maintenant Faouzi Lamdaoui! Après Jérôme Cahuzac, Thomas Thévenoud, Aquilino Morelle et tout récemment Kader Arif, un nouveau membre de la garde rapprochée de François Hollande est contraint à la démission.  Ce n'est plus une coupe sombre, c'est une une hécatombe. Alors de deux choses l'une. Soit il faut se féliciter que le principe de la "République exemplaire" fonctionne à plein régime, ce qui, par le passé, fut loin d'être toujours le cas. Soit le chef de l'Etat n'a pas véritablement le feeling lorsqu'il s'agit de sélectionner son entourage. Le dernier à s'être fait viré de son poste de conseiller à L'Elysée fut également chef de cabinet du candidat socialiste lors de la présidentielle de 2012, autant dire un membre du petit cercle, et il paie - d'avance: l'intransigeance est désormais de règle, fût-ce jusqu'à l'excès - sa convocation devant la justice pour "abus de biens sociaux" pour des faits remontant à 2007-2008. Forcément, à ce rythme, une question est sur toutes les lèvres: à qui le tour? On avait compris que l'exercice du pouvoir ressemblait de plus en plus en plus à une comédie, pour ne pas dire un vaudeville. Mais là c'est carrément du Ionesco. Une pièce absurde quelque part entre Les Chaises et Amédée ou comment s'en débarrasser? D.P.

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 22:32

    images.jpg   D'une certaine façon, ça ne change rien de le savoir. D'autant plus que, vu son âge - il était né en 1912 -, cela allait presque de soi. Et pourtant, l'annonce, ce lundi, de la plus que probable mort d'Aloïs Brunner, en Syrie, il y a quatre ans, est loin d'être une information anodine. Ne pas situer le terme de la sinistre trajectoire terrestre de l'un des plus sanguinaires bourreaux de l'Allemagne nazie revenait, en quelque sorte, à la perpétuer à jamais. Nous avions besoin de savoir à quel moment - fût-ce avec un décalage - s'était arrêtée la vie de celui pour qui celle des autres ne comptait pas. Nous avions besoin de pouvoir le murmurer, par-delà le temps et ses meurtrissures jamais refermées, à l'oreille de tous ceux qui un jour ont croisé son regard qui portait en lui la plus indicible des cruautés. Aux 47000 juifs autrichiens et 43000 juifs grecs qu'il extermina. Aux 25000 juifs français du camp de Drançy qu'il contribua à envoyer à Auschwitz. Aux résistants de Grenoble qu'il arrêta lui-même au printemps 44. À tant d'autres... Et à vous aussi les enfants d'Izieu, raflés, avec la complicité de "l'ingénieur de la solution finale", le 6 avril 1944. À toi Sami, 5 ans ; à toi Jacob, 8 ans ; à toi Albert, 4 ans ; à toi Lucienne, 5 ans ; à toi Lian, 6 ans ; à toi Egon, 9 ans ; à vous tous les quarante-quatre petits suppliciés de la colonie bugiste. Oui, pouvoir vous dire enfin: voilà, maintenant vous pouvez dormir, les enfants, dormir pour de vrai, celui qui pour vous n'eut pas de nom est mort un jour de 2010. À 98 ans. D.P.

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 11:40

DSCN9556   DSCN9557.JPGDSCN9558.JPG                                         Le temps des rencontres-signatures se poursuit. Rendez-vous est donné ce vendredi 5 décembre à la librairie Arthaud à Grenoble, cette institution de la "capitale des Alpes" pour laquelle on a tremblé il y a quelques mois et qui aujourd'hui, pour notre bonheur, "fête [à nouveau] le livre". Plaisir d'y retrouver Pierre Péju (Pourquoi moi je suis moi et autres questions d'enfance, hors-série "Connaissance" chez Gallimard et Le Goût de l'enfance, anthologie, au Mercure de France), Hervé Bougel (Tombeau pour Ocaña à La Table Ronde), Jean-Pierre Chambon (Tout venant chez Héros-limite), Franck Pavloff (L'Enfant des marges et la réédition de Matin brun illustrée par C215, chez Albin Michel)... 

   (Cliquez sur les images pour les agrandir).

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 11:24

 DSCN9542   Trois récents billets parus dans l'hebdomadaire Voix de l'Ain: un écho d'une petite conversation au guichet, le 7 novembre ("Franchise postale") ; quelques mots pour inciter à lire l'émouvant inédit de Jacques Chauviré, Fils et mère, publié par Le Temps qu'il fait, le 14 ("Lettre posthume") et une brève variation sur fond de propos d'almanachs le 21 ("À la racine"). Quant au billet de cette semaine, "Drôle de temps", il sera, comme d'habitude,lisible ici prochainement.

   (Cliquez sur les images pour les agrandir).

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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 21:53

   telechargement--1-.jpg   Nicolas Sarkozy qui revient à l'UMP dix ans après. Nicolas Sarkozy qui piaffe d'impatience au "vingt heures" dominical de TF1  pour annoncer qu'il veut rassembler. Nicolas Sarkozy qui reconnaît que c'est pour lui "un nouveau départ". Et, pendant ce temps, Marine Le Pen qui se fait élire avec 100% des voix au 15e congrès du FN à Lyon. Marine Le Pen qui veut "arriver au pouvoir" pour "faire renaître la France". Marine Le Pen qui s'affirme "seule garante de la République". Ah! cette fois-ci n'en doutons plus. C'est bien, en ce 1er décembre, le temps de l'avant qui commence. L'avant avec un "a" évidemment. Un avant censé nous faire patienter jusqu'en 2017. Mais pas sûr, vraiment - doux euphémisme -, qu'on soit très pressé d'ouvrir chaque jour les petites fenêtres qui nous attendent. D.P.

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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 09:36

   DSCN9432.JPGDSCN9439.JPGDSCN9443.JPGDSCN9426.JPGDSCN9460.JPGDSCN9464.JPG                Ça se passe comme ça les soirées de rencontres-signatures initiées par l'Académie de Bresse dans les salons de la préfecture de Bourg. Les voisins de table s'appellent Vincent Duluc (Le cinquième Beatles, Stock) ou Laurent Gerra (6e tome de Lucky Luke, version Gerra-Achdé, Dargaud). Ou bien Jean-Jacques Bernard, animateur de la chaîne Ciné-Classic du groupe Canal + et qui vient de publier un délicieux Petit éloge du cinéma d'aujourd'hui (Folio, inédit). Ou encore Nicolas Cavaillès, Goncourt de la nouvelle pour Vie de Monsieur Leguat (Le Sonneur), tout juste arrivé de Berlin où il réside désormais. Et beaucoup d'autres titulaires de la "carte de Bresse" (*).  Et pas question, bien sûr, que ça ne se termine pas devant le poulet à la crème et aux morilles de cette institution burgienne qu'est la Brasserie du "Français"... Bravo à l'ami François Belay, le vaillant président de l'Académie. Et à Lydie Zannini, la passionnée libraire du Théâtre... D.P.

   (Cliquez sur les images pour les agrandir)

 

  (*) Olivier Marin, Frédéric Boudouresque, Sandra Cardot, Adeline Culas, Jean-Pierre Charnay, Hippolyte Piroux, Valérie Gonon, Anne-Isablle Ginesti et Jean-Pierre Prioul.


  Instantanés d'une soirée: au micro de François Belay ; Des voisins de table nommés Vincent Duluc ou Laurent Gerra ; Nicolas Cavaillès (en médaillon) ; Jean-Jacques Bernard, notre Monsieur Cinéma ; à la table du "Français"... Photos © Gh. et D. P.

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24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 23:15

   Fev.-2012--expo-Dib--scenes-d-hiver-019.jpg   As du vélo s'il en est, le nouveau maire écolo de Grenoble est en tout point habile à la manœuvre. Il a fait de l'annonce de la suppression du mobilier publicitaire de sa ville un événement national. Pour mieux s'offrir le porte-voix des "grands"  médias, il aura même tenté - en vain - de contourner un Dauphiné Libéré qui n'est sans doute pas sa tasse de thé (vert) préférée. On ne lui reprochera pas d'avoir voulu attirer une très large attention sur la très prochaine concrétisation de ce qui constitue l'une de ses promesses de campagne et qui pour l'instant, il est vrai, n'existe nulle part ailleurs. Après tout, remplacer les arrogants placards Decaux voués aux géants du marché par des arbres, voilà qui a plutôt de la gueule. Stendhal, déjà, trouvait que sa ville manquait de charme(s). Et comme en plus on nous explique, chiffres à l'appui, que le manque à gagner des annonceurs sera(it) compensé par les réductions de frais de protocole, on serait bien mesquin de s'offusquer. Non, ce qui étonne davantage, c'est cette manière de procéder, privilégiant sans retenue le faire-savoir au savoir-faire. Un peu comme si Éric Piolle faisait la chasse à toutes les pubs, sauf à la sienne. Reste qu'il aurait sans doute tort de s'en priver puisque ça marche. La preuve. Les 326 supports n'ont pas encore été enlevés mais nous sommes déjà tous, peu ou prou, tombés dans le panneau. D.P.

Photo © D.P.

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23 novembre 2014 7 23 /11 /novembre /2014 22:35

   telechargement.jpg

   Il n'y a pas si longtemps encore, toute bonne maison se devait de les posséder. Sinon les trente tomes, du moins quelques-uns d'entre eux. Les colossaux volumes au dos blanc et bleus faisaient la fierté des adultes soucieux de mieux connaître le nom des choses et la marche du monde, quand ils ne dépannaient pas les lycéens confrontés à l'urgente préparation d'un exposé. Fée du logis à sa manière à côté de la télé, elle veillait sur l'étagère avec ses millions de mots et de définitions. "Je suis je suis je suis..."  Toujours prête à brandir ses fiches, L'Encyclopædia Universalis, arrière-petite-fille du "dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des lettres"  de Diderot et d'Alembert, en savait plus long que Julien Lepers, c'est tout dire.

   Oui mais ça c'était avant. Avant que MacLuhan ne fasse la nique à Gutenberg. Avant que le savoir de masse ne clignote en bleu sur les écrans plutôt que de s'écrire noir sur blanc sur le papier. La vénérable publication, née en 1966 et souvent acquise grâce au bagout d'un vendeur de porte-à-porte, ne se sent plus très bien depuis quelque temps. Et ses tardives déclinaisons en CD-roms et DVD n'y ont rien fait. Wikipédia, la permanente encyclopédie interactive en ligne qui lui a ravi l'avantage vient, cruauté suprême, de rajouter trois lignes à la fiche consacrée à son aînée: "Le 30 octobre 2014, malgré les investissements répétés de son propriétaire, Jacqui Safra à travers sa maison mère Britannica, le tribunal de Nanterre place la société en redressement judiciaire pour une période six mois". Las, la page est peut-être bien déà tournée pour de bon. D¨P.

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22 novembre 2014 6 22 /11 /novembre /2014 22:12

DSCN9126  En complément à la longue interview recueillie par Bernard Revel et moi-même, publiée en octobre sur le site de la revue Esprit, cet entretien paru dans l'hebdomadaire Voix de l'Ain du 31 octobre.

   (Cliquez sur l'image pour agrandir).

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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 22:32

   Tiens, une petite devinette en cette seconde quinzaine de novembre. À quoi reconnaît-on que l'hiver approche? Aux premières vitrines de Noël, bien sûr. À la floraison des manteaux et des moumoutes dans la rue, aussi. Mais il y a plus significatif encore. C'est quand le sort des SDF redevient un sujet national qu'on peut être sûr que la saison rude arrive. Or, 2014, rapport national à l'appui, ne fait pas exception. L'INSEE, dans son étude "France, portrait social"  divulguée ce mercredi, évalue les personnes sans domicile fixe à 81000 adultes et 31000 enfants. Brrr! Le chiffre, sans mauvais jeu de mot, fait froid dans le dos. C'est 44% de plus qu'il y a onze ans, c'est-à-dire en 2003.

   2003? Quelques mois après que Lionel Jospin, candidat à la présidentielle, eut formulé bien haut l'objectif "zéro SDF d'ici à 2007". Trois ans avant que Nicolas Sarkozy, en meeting à Charleville-Mézières le 18 décembre 2006, ne se montre plus fanfaron encore: "Je veux si je suis élu président de la République que d'ici à deux ans plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid". Avant d'ajouter: "Le droit à l'hébergement, c'est une obligation humaine. Si on n'est plus choqué quand quelqu'un n'a plus un toit lorsqu'il fait froid et qu'il est obligé de dormir dehors, c'est tout l'équilibre de la société […] qui s'en trouvera remis en cause".

   Autant de spéculations vaines qui ne font que rajouter à la cruauté de cette honte nationale qu'est l'extension du domaine de la hutte. Et François Hollande dans tout ça? Il n'a, semble-t-il, rien annoncé, ce qui, tout en l'exonérant cette fois-ci de promesse non tenue, n'est tout de même pas beaucoup plus glorieux. D'autant plus qu'en matière de reproche, il doit - à tort ou raison -  se contenter, si l'on ose dire, des deux premières lettres de SDF: les SD de "sans dents". D.P.

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Présentation

  • : Le blog de Didier Pobel
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Texte Libre

Ces révolutions que

nous n'avons pas vu venir

   De retour à Bény, en ce bel hiver de givre, je relis cette carte postale que mon père garde, avec celles des étés précédents, sur le buffet de la cuisine. "Sous le ciel encore chaud de la Tunisie, nous pensons bien à toi. Ici, on ne se croirait pas à la veille de la Toussaint. À bientôt. On t'embrasse". Des mots tout simples, écrits comme toujours à la hâte, au moment de reprendre l'avion. 

   C'était à peine trois mois plus tôt. Du Cap Bon où nous faisions halte, nous avions effectué de cahotants trajets à travers le pays. Le Temple des eaux au pied du djebel Zaghouan. Le site romain de Dougga, pur poème de pierre, de vent et d'oliviers, où Abdallah, notre guide, nous avait imposé une visite pour le moins exhaustive. Les villages poussiéreux où la population s'ennuie sous les palmiers flétris. Les charrettes, les bourricots, les antiques mobylettes. La pauvreté, la dignité et, pensions-nous, la résignation.

     La résignation? Eh oui, même lorsqu'on est le témoin d'un régime sans ambiguïtés, il n'est pas toujours si simple de pressentir l'histoire en marche. Avec le recul, pourtant, il y avait eu des scènes éloquentes. Ces barrages de police un peu partout, justifiés alors par un enlèvement d'enfant. Ce jeune diplômé quêtant quelques dinars dans les majestueuses ruines de Thuburbo Majus et qui se cachait pour aborder les "nantis" que nous étions à ses yeux. Un feu couvait en lui, c'est sûr. Il n'aurait peut-être pas fallu grand-chose pour qu'il parle. Mais nous étions pressés, comme souvent.

     Et, disons-le aussi, la méfiance nous gagnait. Un soir, du côté de la cité viticole de Grombalia, un 4X4 aux vitres fumées avait rattrapé notre "Symbol" de location. Une impression se confirmait: nous étions suivis. Sans doute vaut-il mieux ne pas écrire "journaliste" à la rubrique "profession" sur les fiches de douanes à l'arrivée lorsque, quelques mois plus tôt, on a utilisé le mot "dictature" pour rendre compte de la dernière parodie de réélection présidentielle au palais de Carthage.

     Les touristes européens flânaient dans les souks. Les cornes de gazelles étaient sucrées, le vin gris de Mornag montait à la tête, octobre avait de superbes rousseurs de désert et la tiédeur des plages invitait à fermer à demi les yeux. Que voulez-vous, c'est comme ça: exportées sur place, les plus solides notions de droits de l'homme se dissolvent parfois dans le bleu de la mer...

     Pour notre part, nous aurions dû prêter davantage attention aux ardents regards noirs de toute une jeunesse rivés aux téléphones portables. La "génération Ben Ali dégage!" préparait, dans la retenue, le grand soir arabe. Le fantoche président de fer était encore omniprésent. Piètre sosie d'un acteur de série B aux cheveux teints, posant, la main sur le cœur à chaque coin de rue, dans chaque lieu public, à côté des pubs pour les biscuits "Tigato" et pour les firmes corrompues se partageant le gâteau.

     Et voilà. Maintenant nous sommes au début 2011. Dans l'odeur du jasmin et de la poudre, dans le bruit des youyous et des balles, la Tunisie a fait sa "Révolution Facebook". Bonheur de découvrir ces incroyables images à la télévision qui en rappellent d'autres. À Berlin non plus, nous n'avions rien vu venir en novembre 1989. Pas plus qu'à Bucarest le mois suivant. Pas plus qu'au Caire ces dernières semaines...

     Nous parlons de tout cela, ce soir, dans cette ferme de Bresse où, depuis plus de trois ans, mon père veille seul avec son chien et ses cartes postales. Celle-ci, un peu plus ancienne, a été postée de Louxor: "Le printemps égyptien est doux. De part et d'autre du Nil, des merveilles nous attendent. À bientôt. On t'embrasse". Tout à l'heure, il nous rappellera comment lui aussi a retrouvé un jour la liberté. C'était en janvier 1945. L'armée russe avançait. Les portes du stalag de Silésie où il venait de passer plus de cinq ans s'ouvraient. Il allait encore mettre plus de quatre mois pour traverser, à pied et la faim au ventre, un no man's land de charniers, de ruines et de spectres hagards.

     Mais ceci est une autre histoire, direz-vous. Bien sûr. N'empêche, la Liberté, d'où qu'elle vienne, d'où qu'elle revienne, est la même. Au Nord ou à l'Est hier. Au Sud aujourd'hui. Dans nos sursauts collectifs. Dans nos émois partagés. Par l'étroite fenêtre aussi, parfois, de nos petites perceptions occidentales. D.P.

(Cette chronique a été publiée

dans l'hebdomadaire "Voix de l'Ain",

n° 3433, semaine du 11 au 18 février 2011). 

  

La carte de la gloire,

le territoire de l'oubli

   Le triomphe de Michel Houellebecq nous réjouit. Nous fûmes suffisamment déçus par ses échecs au Goncourt en 1998, avec Les Particules élémentaires, et en 2005, avec La Possibilité d'une île, pour ne pas nous féliciter de sa victoire, lundi dernier, à la troisième "tentative". Et cela d'autant plus que La Carte et le territoire (Flammarion) est un roman, à la fois désenchanté et jubilatoire, qui s'inscrit à merveille dans l'air du temps de ce mois de novembre 2010 où, sous la résignation apparente, se profile une très énergique "extension du domaine de la lutte".
   Le lendemain du prix, nous écoutions l'"heureux"  lauréat, sur France Inter, exhorter les auditeurs à ne jamais baisser les bras. "Ne vous laissez pas emmerder, soyez libres!", clamait-il. Magnifique, Michel! comme dirait Drucker qui ne va sans doute pas tarder à programmer un"Vivement dimanche"  houellebecquien. Il faut dire que ce matin-là, le malicieux écrivain à la paupière lasse comme ses anoraks réussissait une sacrée performance. Il volait carrément la vedette au général de Gaulle dont on célébrait pourtant, un peu partout ailleurs, le quarantième anniversaire de la disparition. Et lorsque l'invité déclara un brin péremptoire: "On n'a pas de devoirs envers son pays, on est des individus, c'est tout!", on a bien cru entendre, en bruit de fond radiophonique, le héros de Colombey se retourner dans sa tombe, pour autant que sa gigantesque stature posthume le lui en laissait le loisir.
   Tant pis pour "l'homme du 18 juin", c'est celui du 8 novembre qui était ici à l'honneur! La gloire est ainsi faite. L'enthousiasme du moment peut balayer d'un insolent revers de manche de parka fripée la majestuosité d'un uniforme. Voilà bien à quoi nous songions en écoutant ce drôle de fan de Jean-Pierre Pernaud et de Julien Lepers nous rappeler que "la France est un hôtel, pas plus".
   Injustice? Affaire de circonstances, c'est tout, évitons les grands mots. D'ailleurs, s'il y en a un qui est déjà rompu aux fatals soubresauts de la renommée, c'est à l'évidence Michel Houellebecq lui-même. "C'est curieux comme les choses changent..." fait-il dire au père de son double, à la page 217 de son opus désormais ceint de la prestigieuse bande rouge. Oui, les choses changent vite et bien malin qui pourrait évaluer la durée du rayonnement de celui qui, il n'y a pas si longtemps encore, était conspué à l'unanimité, ou presque.
   Comment pouvait-on, dans un contexte analogue, ne pas penser, au moment de l'attribution du prix, à un lauréat précédent qui vient de disparaître dans une assez scandaleuse indifférence? Lorsqu'il fut sacré, en 1968, pour Les Fruits de l'hiver, lui aussi capta tous les regards. Lui aussi éclipsa momentanément de Gaulle, avant que la chienlit ne déferle. Lui aussi fit des déclarations brutes de décoffrage. Lui aussi pesta contre les travers de la société du moment. Lui aussi réhabilita l'âme des provinces et des bourgades. Lui aussi fut traité de populiste. Lui aussi aimait les chiens. Lui aussi lorgnait vers l'Irlande. Lui? Il s'appelait Bernard Clavel et il a signé plus de quatre-vingts ouvrages dévorés, loin des chapelles, sinon celles du Jura aux toits de pierre et de bois, par des millions de gens.
  Comprenons-nous bien: il ne s'agit pas de comparer les mérites respectifs du "dépressif" du Gâtinais et du bûcheron franc-comtois. Leurs oeuvres, pas plus que leurs démarches, leurs postures et leurs convictions - quoi que... - n'offrent de vraies similitudes. Qu'on nous permette simplement d'y mieux mesurer, parfois jusqu'au vertige, l'indécent grand écart auquel sont soumises, au fil des ans, ces notions floues que sont, en art, le goût et la reconnaissance, l'emballement et la postérité, le lâchage et la fidélité.
   Allez, terminons par une hypothèse. Et si, un de ces quatre, Michel Houellebecq rédigeait un vibrant éloge de Bernard Clavel? Dans La Carte et le territoire, il rend bien un hommage aussi inattendu sous sa plume que mérité pour l'intéressé, à un autre laissé-pour-compte de l'ingrat monde des Lettres: Jean-Louis Curtis (1917-1995). Curtis avait lui aussi obtenu le Goncourt. C'était en 1947 pour Les Forêts de la nuit. Ces forêts où il rôde aujourd'hui, si loin des splendeurs de chez Drouant, avec Clavel et tant d'autres, avant que l'histoire littéraire ne rende son jugement dernier. Au minimum dans un siècle ou deux, "particules élémentaires" comprises. D.P.
(Cette chronique a été publiée,

dans une version légèrement modifiée,

dans l'hebdomadaire "Voix du Jura",

n° 3452, semaine du 20 au 26 janvier 2011). 

 

Ferrat, Chabrol:

l'émotion consolatrice
   Drôles d'hommages, quand on y pense. Il y a quelques mois, la France, larme printanière à l'oeil et lyrisme aragonien aux lèvres, n'en finissait plus de saluer Jean Ferrat. La télévision nationale, on s'en souvient, n'hésita pas à retransmettre en direct les obsèques de l'"échappé"  ardéchois, un peu à la façon d'une étape de la "Grande boucle" dans un col cévenol. Et les foules bigarrées ne cessent, depuis, de se bousculer dans l'étroit cimetière basaltique, lors d'un fervent ballet qui ne manquerait pas d'agacer le discret compagnon des petites routes et des pensées rebelles.
   C'était en mars dernier, entre les deux tours d'une élection que les "bonnes gens"  boudèrent en une obstination inversement proportionnelle à celle qu'ils insufflèrent dans leur "au revoir" au chantre de La Montagne. Et voici donc qu'un semestre plus tard disparaît Claude Chabrol, sous un concert de louanges et face une émotion, certes pas tout à fait de la dimension de la précédente, mais néanmoins étonnante par son impact à la fois médiatique et intimiste.
   Holà, que se passe-t-il donc pour qu'un pays peu réputé pour aimer ses artistes - c'est un euphémisme - manifeste ainsi, coup sur coup, sa sympathie et son chagrin? Un tel engouement se justifie évidemment, au-delà de la force des couplets ou des films des deux créateurs, par la somme d'admiration et de proximité qu'ils inspiraient, chacun de son côté. Le premier par son insolente tendresse et ses engagements jamais feints. Le second par son observation espiègle et grinçante de la société. Mais sans doute faut-il voir également, dans ces effets conjugués de complicité populaire, des éléments d'ordre plus circonstantiels. L'interprète de Ma Môme et le cinéaste du Boucher, dans des registres répétons-le fort différents, n'en incarnaient pas moins l'un et l'autre, y compris sans doute jusque dans les propres limites de certaines de leurs oeuvres, une honnêteté, un goût du travail bien fait, un attachement à la mémoire et un indéfectible respect des individus. Autant de valeurs, faut-il le rappeler, qui font particulièrement défaut en une époque de cynisme roi, de politique dévoyée, de chasse aux minorités ethniques, de charters vrombissant d'indécence sur le tarmac glissant des campagnes électorales...
   Impossible de réécouter une chanson de Ferrat ou de se "repasser" un film de Chabrol sans s'imprégner des bénéfiques célébrations de la patience, de la malice, de la tolérance et de la liberté. Et puis, avons-le, nous ressentions une vraie consolation à les voir l'un et l'autre, moustache frémissante ou pipe en bouche, parler soupes d'autrefois, vins de terroir et pourfendre en se marrant "les cons qui n'arrêtent pas de voler et les autres de les regarder", cela en une époque où la fumée conviviale, le verre entre amis et l'humour décapant tombent sous le coup de la loi, alors que la "bêtise d'Etat" entache le pays du droit de Roms. 
   Entre "ombre faite humaine" et "oeil de Vichy", entre "amour cerise"  et adultères provinciales, Jean Ferrat et Claude Chabrol étaient tous deux, à leur manière, d'Antraigues à Sardent, d'éloquents refrains en travellings suggestifs, inscrits à l'inventaire de nos monuments historiques familiers. Continuons à nous précipiter pour la visite en groupes de leurs battements de coeur, de leurs ricanements, de leurs univers, de leur exemplarité. Alléluia et Moteur! D.P.

   

 La rentrée littéraire,

quelle vacherie!
 Elle est retrouvée. Quoi? La rentrée littéraire qui n'a, avouons-le, pas grand'chose à voir avec l'éternité rimbaldienne. Les libraires transpirent. Les attachées de presse s'enfièvrent. Les chroniqueurs frottent leurs lunettes et affûtent leur sens critique. Un peu partout on compte, on compare, on spécule. Au juste, 701 romans, dont 497 français, ça fait combien de plus, de moins ou de pile poil pareil que l'année dernière qui, elle-même, etc. Drôle de phénomène bien de chez nous que cette espèce de foire d'automne où l'on remplace les bestiaux par des bouquins et les viriles clameurs des enchères par des maquignonnages autour des prix. Palpez un peu cette Nothomb, vous m'en direz des nouvelles. Et le dernier fleuron de la race Houellebecq, visez-moi cette encolure. 
   S'il y en a une qui ne risque pas de s'offusquer de la métaphore bovine, c'est bien Claudie Gallay. La petite femme aux yeux bleu pervenche, propulsée directement de ses terreuses origines nord-iséroises aux "déferlantes" du succès, a écrit son nouvel opus, L'Amour est une île, (Actes Sud), dans sa bergerie du Charolais. Avec des broutards crème meuglant sous sa fenêtre. Avec un ciel pluvieux comme vache qui pisse. La-bas, du côté de La Clayette et de Semur, il y a les prés sans Saint-Germain. Et les éleveurs, qui tordent leurs casquettes à l'heure d'écorner leurs troupeaux, se fichent de l'embouche romanesque comme de la première litière de leur stabulation.
   Ils ne dévoreront ni Despentes, ni Forest, ni Volodine. Ni Linda Lê, ni Adam, ni Claudel. Et encore moins Breat Easton Ellis et J.M. Cootzee. Pas le temps. Propos un brin savants. Bref, un monde qui n'est pas le leur. Claudie, ce n'est pas pareil. Elle est presque d'ici. Elle cause comme l'ultime épicière du coin qui fait dépôt de pain et de journaux. Pas mince, le compliment.
    Cette fois-ci, c'est vrai, elle s'est embarquée du côté du festival d'Avignon l'année de la grève des intermittents. Evidemment, on s'en fiche un peu sur les rives de la Grosne, de la Guye ou du Grison. Mais sûr, la prochaine fois, elle parlera des gens du cru. A commencer, peut-être, par les habitants de Saint-Ythaire. Saint-Ythaire, c'est entre Bonnay et Curtil-sous-Burnand. 122 âmes en colère contre le projet d'implantation de cinq éoliennes. Un super sujet pour l'écrivain qu'on a même aperçue l'autre soir au "Vingt heures" de TF1.
    Les révoltés de Saint-Ythaire? A moins que ce ne soient les Don Quichotte de Bény. Bény, c'est au coeur de la Bresse, de l'autre côté de la Saône. Là, c'est contre la future Ligne à grande vitesse qu'on se mobilise à coups de calicots et de banderoles accrochés aux barrières des fermes et des villas avec, parfois, des slogans en patois: "LGV, to ka t'nallo!" ("LGV, tu n'as qu'à t'en aller"!).
   Des hélices géantes bientôt essaimées dans le paysage si cher jadis aux abbés de Cluny ou des trains fous écrasant prochainement l'AOC des célèbres volailles aux pattes bleues. Fichue alternative, quand on y pense. D'autant plus que, dans ce décor de pseudo-polar rural, on ne discerne pas la moindre librairie à l'horizon. Alors, dites, où c'est qu'on va les trouver, à Saint-Ythaire, à Bény ou ailleurs, les 701 titres annoncés? Houellebecq a raison: il convient de revoir de toute urgence "La carte et le territoire". Ah! quelle vacherie, par ici, la rentrée littéraire. (Fin août 2010). D.P.

 

Quelques nouvelles de par ici
 
 
    Je vais vous donner un peu des nouvelles de par ici. C'est où par ici? C'est chez moi. Enfin, je veux dire pas loin. A la rigueur juste à côté. Le décor, vous le connaissez. Il y a un village avec son clocher vaguement roman. Le presbytère transformé en gîte rural. L'épicerie où l'on vend des caramels pour les gosses et des asticots pour la pêche. Le calme règne jusqu'au milieu de l'après-midi. C'est à ce moment-là que les tracteurs ramènent les voitures de foin dans les fermes. Les travaux agricoles, cette année, quelle galère: on est passé directement de l'hiver du mois de mai à la canicule du solstice! Vers dix-huit heures, dix-huit heure trente, les gosses font des pirouettes à bécane et les ados, sur la placette, gloussent dans leurs téléphones portables sans jamais déclarer forfait. Ensuite, le boulodrome de fortune prend  doucement des allures de petit G20 provincial.
    Imperturbable, l'employé municipal arrose les fleurs. Ou ce qu'il en reste. Le week-end dernier, des dadais en goguette ont piétiné les terre-pleins. "Saloperie de désoeuvrés!" maugrée Jean en lisant l'entrefilet dans la chronique locale. Jean, c'est le facteur. Après sa tournée, il aime bien prendre un verre. Le seul café qui n'a pas encore baissé rideau aligne trois tables sur le trottoir. Les autres troquets ont tous fermé. Trop de travaux pour se mettre aux normes. En sirotant son panaché, le préposé s'attarde sur le journal du coin. Les décès, les mariages, les naissances, les accidents... Il lit aussi le billet, en haut à gauche de la page 2. Il y a même la photo du chroniqueur qui tient un bouquin dans ses mains. En regardant de près, on découvre le titre et l'auteur. C'est Après beaucoup d'années de Philippe Jaccottet.
    Jaccottet est un immense poète qui vit dans les parages. Mais personne ne le connaît vraiment. Jean s'en fiche. Lui, ce qu'il recherche dans son canard, ce sont les infos pratiques. Ou les échos du conseil municipal. L'annonce des fêtes d'été. Les vide-greniers des alentours. Mais à la Une, il y a cette photo. Un ministre et sa femme "dans la tourmente". Eric et Florence Woerth, ils s'appellent. Pierrot, le patron du café, qui vient faire un brin de causette à Jean, prononce ce nom à sa façon. Il dit "Voerte" et ça sonne un peu comme un hommage aux absinthes verlainiennes d'autrefois. "Tous pareils, hein, y'en a pas un pour racheter l'autre!". Jean, le regard rivé aux résultats du "Mondial" de foot et au classement général du Tour de France, ne répond rien. Ou alors il fait "hum hum" et bien malin qui pourrait comprendre si c'est une approbation ou l'inverse. 
  Rien ne bouge, ou presque. Il y a juste un soupçon d'électricité dans l'air. La grêle est annoncée pour le soir mais, c'est bien connu, "à la météo, ils se trompent tout le temps...". N'empêche, il faut hâter la fenaison. Demain à l'aube, les fourches hydrauliques des colossaux Renault ou John Deere payés à crédit planteront leurs dents dans ces rouleaux herbeux qui, au mitan des parcelles de la PAC, ressemblent aux chignons lavande des aïeules de ce "pays". Ce "pays" qui pleure et qui rit, qui meurt et qui vit. Ce "pays" qui attend les touristes. Ce "pays" en jachère où, dans les villas des lotissements en extension, Internet remplace désormais l'épicier qui faisait jadis sa tournée en klaxonnant à travers des hameaux pleins de vieux taiseux et de chiens tout en gueule. 
  Voilà, ça se passe par ici un jour brûlant de juillet. Plus tard, peut-être, je vous donnerai des nouvelles de par là-bas. C'est où par là-bas? C'est du côté de par ici. Si jamais, un de ces quatre, vous avez l'occasion, arrêtez vous quelques instants, on parlera un peu de Jaccottet. "Faites passer, disait la terre elle-même, ce matin-là, de sa voix qui n'en est pas une. Mais quoi encore? Quelle consigne?" (Juillet 2010). D.P.
 

    

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