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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 21:23

Que reste-t-il de Mitterrand? Drôle de ritournelle qu'on pourrait presque chantonner sur un air de Trénet. Un p'tit village, un vieux clocher. A Solutré ou dans le Morvan, la rose au poing il y a longtemps. A l'Elysée ou à Latche, au temps lointain du "temps au temps". Drôle de ritournelle à écouter en F.M. en ce jour anniversaire. Eh oui, quinze ans pile que le plus florentin des présidents a disparu. Une cohorte - pour ne pas dire une cacophonie - de prétendants à sa succession se bousculeront ce samedi à Jarnac. Bonheur fâné de la victoire, cheveux au vent de 2012. Que reste-t-il de Mitterrand? Une photo, vieille photo. Echarpe rouge et chapeau noir. Il reste un mythe soudain sans ombres. Passé volé, rêves mouvants. Que reste-t-il de Mitterrand? Un vent de gauche qui frappe à la porte et qui parle des amours mortes. D.P.

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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 20:31

C'est drôle, le redoux. Un jour on sort de chez soi encore emmitouflé et tout de suite on sent que quelque chose a changé. D'abord, on croit qu'on couve une grippe. Et puis non, c'est sûr, ça vient d'ailleurs. D'où, on ne saurait dire. Tout à la fois du ciel et de la Terre. Peut-être d'entre les deux. Il n'y a plus la moindre trace de neige dans la contre-allée. Le vent, si fier la veille, s'est brisé les ailes. Sur la place, on se croit dans une cuisine lorsque la porte du four est restée entrouverte. Quelqu'un, sur les toits ou dans les arbres, a déréglé le thermostat.

On défait son manteau. On dénoue son écharpe. On desserre un peu son coeur. C'est drôle, le redoux. C'est un air de jadis. C'est un parfum de naguère. C'est un doudou d'enfant. Tendez l'oreille. Cette musiquette ne vous évoque rien? Mais si. C'est le vieux refrain qui annonçait les pubs d'autrefois à la télé: "Ah, dou-dou-dou-dou-dou...". On marche jusqu'au kiosque. La nostalgie monte des journaux comme un panache de fumée. Il y a quinze ans Mitterrand... Il y a un an Séguin... Il y a un instant rien. Rien, sinon cette prégnance, cette presque tièdeur, cette consolation.

Mais qu'on y prenne garde. L'hiver n'est pas fini. Le redoux dure le temps d'un rire, le temps d'un soupir, le temps d'un roman de janvier. Celui de Philippe Delerm, par exemple. Non pas un roman, à vrai dire, mais une suite d'instantanés, de nouveaux "plaisirs minuscules". Un album. Un herbier. Des cartes postales de Venise. Une scène de mariage au printemps. Des lilas dans une gare de campagne. Une escale à Turin. Une "mouillure". Le doux-amer sentiment d'une menace déjouée. "A soixante ans on a franchi depuis longtemps le solstice d'été. Il y aura encore de jolis soirs, des amis, des enfances, des choses à espérer".

Les livres de Delerm, c'est ça. Une atmosphère à part. Un changement de lumière. Un pull qu'on enlève. C'est drôle, les livres de Delerm, c'est le redoux de la littérature. D.P.
Le Trottoir au soleil de Philippe Delerm, Gallimard, 192 p., 14,90 euros.    

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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 20:09

L'affaire est entendue, Nicolas Sarkozy jacte comme une petite frappe d'Alphonse Boudard. 0n n'en finit plus de pointer en rouge ses effets verbaux débraillés: "Cass' toi pauv' con!",  "C"est moi qu' ça fait plaisir" ou encore "Si y'en a qu' ça les dérange d'augmenter les impôts...". Ce n'est plus un dico de l'argot, c'est "Le jargon sans peine". Sans peine, c'est une façon de parler. Car si les Français - pardon: "les vrais gens" - se sont plus ou moins habitués à cette grammaire en friche qui leur rappelle peut-être celle de leurs ados boutonneux, il y en a un qui ne l'entend pas de cette oreille. C'est François Loncle. Le député PS de l'Eure a tenu à rappeler à l'ordre élocutif le chef de l'Etat: "Il doit s'exprimer avec la dignité et la correction qu'exige sa fonction". Luc Chatel, interpellé par une question écrite, a aussitôt pris langue. Quoi, Sarko cause mal? Au contraire. Lui au moins, il sait rejeter "un style amphigourique et les circonlocutions syntaxiques qui perdent l'auditeur et le citoyen". Mieux: "Il a de grandes qualités rhétoriques, telles que la force expressive, la conviction, l'à-propos, la répartie ou la puissance d'évocation". Bref, bande de ploucs que nous sommes, nous n'avons rien compris. Notre Président, comme Mitterrand, est un émule de Bossuet. Las! Pour aussi persuasifs qu'ils se voulaient, ces arguments n'ont pas convaincu l'élu normand. Normal, Loncle préférait Tonton. D.P.

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 21:01

Il y en eut de tristement célèbres. A commencer par celui qui sépara vingt-huit ans durant, à Berlin, l'Ouest et l'Est, le monde libre du bloc soviétique. Souvenez-vous... On l'appelait "le Mur de la honte". Mais il n'y a pas, où qu'ils soient érigés, de murs de l'honneur. Même si son projet s'inscrit dans un tout autre contexte que le fameux symbole de la Guerre froide, la clôture que le gouvernement athénien veut mettre en place le long de sa frontière turque relève du même univers sinistre - barbelés, détecteurs, caméras... - et de la même courte vue. Certes, le pays qui inventa la démocratie se doit, face à la crise qui l'asphyxie, de "juguler les flux migratoires". Mais l'efficacité des douze kilomètres et demi d'obstacle anti-clandestins envisagés ne peut être qu'illusoire. Le funeste symbole censé étanchéifier les rives de l'Evros, là-bas du côté des Dardanelles, entre Orient et Occident, esquisse déjà un trait d'ombre sur l'Europe. Ce qu'il y a de plus urgent en Grèce, ce n'est pas d'édifier un mur. C'est de restaurer les fondations d'un avenir. Reste à savoir si la France, crispée sur son"identité nationale", est la mieux placée pour lui jeter la pierre... D.P.  

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3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 21:25

Un député du P.S. qui reprend à son compte le plus sarkozien des slogans jamais tenus: "Travailler plus pour gagner plus". Un candidat aux primaires socialistes qui prône le "déverrouillage" des 35 heures. Holà, aurait-il trop réveillonné celui qui vient de proférer ce double voeu? Arrêtons la "Valls" folle et réinventons-nous un "Manuel" de bonne conduite. A moins qu'il ne faille voir dans ce pétard politique du début de l'an qu'un inattendu contrecoup du grand bogue de l'an 2011... Une chose est sûre, en tout cas: l'opérateur mobile de la Gauche est, depuis, assailli d'appels déboussolés. Ne nous étonnons pas si, dans le même temps, un sondage révèle que la France est championne du monde de la sinistre rose. D.P.

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2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 21:04

  En langage de presse, on appelle cela des marronniers. Et ça n'aura échappé à personne, ils ne leur a fallu que quelques heures pour éclipser les sapins, le houx et le gui. Un peu partout à la Une, les journaux se paient en effet un air de déjà vu, en déclinant, avec l'oeil de Madame Irma, les thèmes du "Ce qui nous attend" ou du "Ils feront 2011". Simple épluchage des événements programmés, grandes échéances répertoriées ou projections un peu plus hasardeuses, c'est selon. Mais le marronnier est plus que jamais l'arbre qui tente de cacher (mal) une lointaine forêt. Le marathon des voeux qui s'ouvre va nous le rappeler de façon plus intense encore lors des prochains jours. Il n'y aura, on le sait bien, qu'un seul véritable objectif au cours de  l'année à venir: la suivante! C'est terrible, tout de même, quand on y pense. On ne sait presque rien encore de 2011 et on rêve, non seulement de connaître, mais de vivre déjà la suite. La présidentialisation de notre société a électrisé à ce point l'actualité que certains voudraient carrément court-circuiter le millésime à peine entamé. Z'avez pas vu la p'tit' nouvelle? Tant qu'on y est, on pourrait biffer du calendrier toutes les années où le bon peuple n'est pas appelé à voter pour son mage suprême. Au secours! Redonnons au temps qui passe son rythme naturel. Savourons les instants. Lisons des poèmes. Règlons au jour le jour la "fonction réveil" du grand smartphone de nos émois individuels. Mieux, indignons-nous - merci Stéphane Hessel! - contre les voleurs de présent. D.P.  

 

 

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1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 21:55

DSCN7975.JPGRas-su-rés! Oui, nous voilà rassurés, n'ayons pas peur du mot. Rassurés, tranquilles, peinards. Ouf, on va enfin pouvoir renoncer à nos anxiolytiques favoris. Quoi, la nouvelle vous a échappé? Vous n'étiez donc pas devant votre petit écran le soir de la Saint-Sylvestre à 20 heures... D'accord, ça peut arriver, on vous pardonne, mais sachez que vous avez raté gros. D'habitude, lors du traditionnel exercice des voeux, les chefs de l'Etat se contentent de mouliner des bonnes intentions, avec une pensée pour les plus démunis et une cuillerée pour le roi du Maroc ou d'ailleurs. Mais rien de tel cette année, le président de la République avait préparé du lourd. L'info de taille. Le truc qu'on n'attendait pas. Allez, on ne résiste pas à le répéter ici. On ne va pas sortir de l'euro. Si, si, vous avez bien lu. Avouez que ça vous en bouche un coin. Parce que c'est vrai, tout de même, la principale angoisse des Français, c'était ça, ces derniers temps. Allait-on revenir aux francs, aux anciens francs, au franc Germinal, à la livre tournois, aux écus, aux billets du Monopoly? Eh bien non, rien de tout cela, c'était pour rire, on conserve notre monnaie. Enfin, s'il nous en reste encore un peu après toutes les hausses annoncées. Au terme d'un aussi insoutenable suspense, prenons maintenant le temps de nous souhaiter une bonne et "eurose" année. C'est vrai, quoi, on a envie de souffler un peu. Profitons-en. Après tout, on n'est pas à la pièce. D.P.

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 20:45

déc. 2010 Venise 295Donc, ça y est, c'est la dernière. Picorée, becquetée, bouffée jusqu'à l'utime miette, l'année 2010. Dans l'écuelle à souvenirs, il ne restera guère, ce soir, qu'un bêtisier idiot sur une chaîne, une retrospective burlesque ailleurs et les voeux du Président sur le coup des vingt heures: "Cheeeers com-pa-tri-o-o-tes..." Quel tableau, mes aïeux! Tiens, en parlant d'aïeux, reconnaissons qu'il a sacrément raison le papy Stéphane Hessel. Avec lui, il faut s'indigner. Ne pas baisser les bras. Croire en un nouveau jour. Si l'on ne s'y colle pas maintenant, on ne le fera jamais. Il faut, par exemple, (re)lire Genet qui aurait eu cent ans le 19 décembre. Détachez bien les deux syllabes de son nom: Ge-net. C'est drôle, c'est l'inverse de "nei-ge". L'auteur du Miracle de la rose incarne pourtant l'intempérie permanente, la grande pagaille, le verglas du conformisme. Et puis il faut garder une pensée particulière pour Jacqueline de Romilly, partie à 97 ans, le 18 décembre. Un pied dans le siècle de Périclès, l'autre dans l'avenir, elle aurait pu cosigner l'Indignez-vous de Hessel. Elle militait pour la sauvegarde des langues anciennes. Elle nous en avait appris une: celle de la Sagesse. Quoi? La saint Sylvestre ne se prête pas forcément à ces célébrations? Justement, profitons-en. Réveillonnons-nous! Pardon: réveillons-nous! Précipitons-nous vers les plus précieuses nourritures terrestres. Soyons à l'exemple des oiseaux qui viennent picorer sur nos balcons. Ils ont l'air d'avoir lu eux aussi Hessel, Romilly et quelques-autres. "Prenez-en de la graine", semblent-ils dire avant de s'envoler d'un coup d'aile dans le matin clairet. D.P.

A lire: Indignez-vous! de Stéphane Hessel, éditions Indigène, 32 p., 3 euros. Et de Jean Genet, outre les multiples rééditions chez Gallimard, Jean Genet et son lecteur (Autour de la réception critique de Journal du voleur et Un captif amoureux), sous la direction de Agnès Fontvieille-Cordani et Dominique Carlat, Publications de l'Université de Saint-Etienne, 260 p., 19 euros. 

 

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29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 21:57

Entre Grenoble et la Bresse, bonheur d'un bref détour, par Saint-Maurice-de-Rémens. Un village comme les autres?DSCN7794 A première vue seulement. Car si l'on y flâne quelques instants, on peut encore croiser un drôle de garnement, naïf et malicieux comme le Gilles de Watteau. Ici, on le surnomme "Tonio". Mais dans la grande histoire des aventuriers et des écrivains, il s'appelle Antoine de Saint-Exupéry. C'est dans le château, au charme désuet, niché, juste un peu à l'écart de cette bourgade de l'Ain, entre Dombes et Bugey, étangs et collines, sortilèges et chemins creux, que le futur auteur de Terre des hommes passait ses vacances. C'est là qu'il inventait des ailes à sa bicyclette pour s'imaginer pilotant avant l'heure un aéroplane. C'est là qu'il découvrit en rêve, une nuit d'hiver pleine d'ombres dansant au-dessus du vieux poêle, le très universel personnage du Petit Prince. Et c'est peut-être à la verticale de ce lieu, frappé de féérie et de nostalgie, qu'il vint effectuer une ultime boucle aux commandes de son Lightning P35, juste avant de disparaître en mer le 31 juillet 1944. Vendredi dernier, à la veille de Noël, lors de notre halte devant la grille où les flocons jouaient à saute-mouton, c'est sûr, une petite voix suppliait, quelque part derrière l'un des carreaux de la vénérable demeure: "Dessine-moi un bonhomme de neige!" D.P.

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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 20:45

On savait, au moins depuis que les guerres existent, qu'on pouvait mourir pour des prunes. On sait maintenant qu'on peut être sacrifié, en temps de paix, pour une truffe. L'autre jour, un agriculteur de Grignan a en effet tiré sur un supposé voleur de "diamant noir". Sale temps dans ce petit coin de Toscane drômoise cher à feu la Marquise de Sévigné. Les clans affûtent leurs arguments. Les crispations clignotent au pied des sapins et des chênes. Les santons tremblent et, pour un peu, "Lou Ravi" de la crèche en perdrait son sourire benêt. Pourvu que ce soir le vieux Barbu au traîneau apporte, là-bas comme ailleurs, un brin de sérénité. On ne doute pas de sa bonne volonté, mais c'est quand même, avouons-le, beaucoup lui demander. Car on l'attend sur tous les fronts, le mythique pionnier du report de l'âge de la retraite. Aura-t-il assez de diplomatie dans sa hotte pour empêcher l'embrasement en Côte d'Ivoire? Déposera-t-il un gros paquet d'espoir dans la prison afghane d'Hervé Guesquière et Stéphane Taponier? Exaucera-t-il le voeu d'amour des petits Haïtiens accueillis ces jours-ci en France? Ne nous voilons pas la face dans les houppelandes de nos principes de précaution: le parcours du Père Noël est presque aussi périlleux que celui des automobilistes modernes sur les routes enneigées. Allez, il est grand temps qu'on déclenche pour lui la vigilance rouge et blanche. D'autant plus qu'il en va aussi du bon acheminement de nos truffes. Au chocolat. D.P. 

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Présentation

  • : Le blog de Didier Pobel
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Texte Libre

Ces révolutions que

nous n'avons pas vu venir

   De retour à Bény, en ce bel hiver de givre, je relis cette carte postale que mon père garde, avec celles des étés précédents, sur le buffet de la cuisine. "Sous le ciel encore chaud de la Tunisie, nous pensons bien à toi. Ici, on ne se croirait pas à la veille de la Toussaint. À bientôt. On t'embrasse". Des mots tout simples, écrits comme toujours à la hâte, au moment de reprendre l'avion. 

   C'était à peine trois mois plus tôt. Du Cap Bon où nous faisions halte, nous avions effectué de cahotants trajets à travers le pays. Le Temple des eaux au pied du djebel Zaghouan. Le site romain de Dougga, pur poème de pierre, de vent et d'oliviers, où Abdallah, notre guide, nous avait imposé une visite pour le moins exhaustive. Les villages poussiéreux où la population s'ennuie sous les palmiers flétris. Les charrettes, les bourricots, les antiques mobylettes. La pauvreté, la dignité et, pensions-nous, la résignation.

     La résignation? Eh oui, même lorsqu'on est le témoin d'un régime sans ambiguïtés, il n'est pas toujours si simple de pressentir l'histoire en marche. Avec le recul, pourtant, il y avait eu des scènes éloquentes. Ces barrages de police un peu partout, justifiés alors par un enlèvement d'enfant. Ce jeune diplômé quêtant quelques dinars dans les majestueuses ruines de Thuburbo Majus et qui se cachait pour aborder les "nantis" que nous étions à ses yeux. Un feu couvait en lui, c'est sûr. Il n'aurait peut-être pas fallu grand-chose pour qu'il parle. Mais nous étions pressés, comme souvent.

     Et, disons-le aussi, la méfiance nous gagnait. Un soir, du côté de la cité viticole de Grombalia, un 4X4 aux vitres fumées avait rattrapé notre "Symbol" de location. Une impression se confirmait: nous étions suivis. Sans doute vaut-il mieux ne pas écrire "journaliste" à la rubrique "profession" sur les fiches de douanes à l'arrivée lorsque, quelques mois plus tôt, on a utilisé le mot "dictature" pour rendre compte de la dernière parodie de réélection présidentielle au palais de Carthage.

     Les touristes européens flânaient dans les souks. Les cornes de gazelles étaient sucrées, le vin gris de Mornag montait à la tête, octobre avait de superbes rousseurs de désert et la tiédeur des plages invitait à fermer à demi les yeux. Que voulez-vous, c'est comme ça: exportées sur place, les plus solides notions de droits de l'homme se dissolvent parfois dans le bleu de la mer...

     Pour notre part, nous aurions dû prêter davantage attention aux ardents regards noirs de toute une jeunesse rivés aux téléphones portables. La "génération Ben Ali dégage!" préparait, dans la retenue, le grand soir arabe. Le fantoche président de fer était encore omniprésent. Piètre sosie d'un acteur de série B aux cheveux teints, posant, la main sur le cœur à chaque coin de rue, dans chaque lieu public, à côté des pubs pour les biscuits "Tigato" et pour les firmes corrompues se partageant le gâteau.

     Et voilà. Maintenant nous sommes au début 2011. Dans l'odeur du jasmin et de la poudre, dans le bruit des youyous et des balles, la Tunisie a fait sa "Révolution Facebook". Bonheur de découvrir ces incroyables images à la télévision qui en rappellent d'autres. À Berlin non plus, nous n'avions rien vu venir en novembre 1989. Pas plus qu'à Bucarest le mois suivant. Pas plus qu'au Caire ces dernières semaines...

     Nous parlons de tout cela, ce soir, dans cette ferme de Bresse où, depuis plus de trois ans, mon père veille seul avec son chien et ses cartes postales. Celle-ci, un peu plus ancienne, a été postée de Louxor: "Le printemps égyptien est doux. De part et d'autre du Nil, des merveilles nous attendent. À bientôt. On t'embrasse". Tout à l'heure, il nous rappellera comment lui aussi a retrouvé un jour la liberté. C'était en janvier 1945. L'armée russe avançait. Les portes du stalag de Silésie où il venait de passer plus de cinq ans s'ouvraient. Il allait encore mettre plus de quatre mois pour traverser, à pied et la faim au ventre, un no man's land de charniers, de ruines et de spectres hagards.

     Mais ceci est une autre histoire, direz-vous. Bien sûr. N'empêche, la Liberté, d'où qu'elle vienne, d'où qu'elle revienne, est la même. Au Nord ou à l'Est hier. Au Sud aujourd'hui. Dans nos sursauts collectifs. Dans nos émois partagés. Par l'étroite fenêtre aussi, parfois, de nos petites perceptions occidentales. D.P.

(Cette chronique a été publiée

dans l'hebdomadaire "Voix de l'Ain",

n° 3433, semaine du 11 au 18 février 2011). 

  

La carte de la gloire,

le territoire de l'oubli

   Le triomphe de Michel Houellebecq nous réjouit. Nous fûmes suffisamment déçus par ses échecs au Goncourt en 1998, avec Les Particules élémentaires, et en 2005, avec La Possibilité d'une île, pour ne pas nous féliciter de sa victoire, lundi dernier, à la troisième "tentative". Et cela d'autant plus que La Carte et le territoire (Flammarion) est un roman, à la fois désenchanté et jubilatoire, qui s'inscrit à merveille dans l'air du temps de ce mois de novembre 2010 où, sous la résignation apparente, se profile une très énergique "extension du domaine de la lutte".
   Le lendemain du prix, nous écoutions l'"heureux"  lauréat, sur France Inter, exhorter les auditeurs à ne jamais baisser les bras. "Ne vous laissez pas emmerder, soyez libres!", clamait-il. Magnifique, Michel! comme dirait Drucker qui ne va sans doute pas tarder à programmer un"Vivement dimanche"  houellebecquien. Il faut dire que ce matin-là, le malicieux écrivain à la paupière lasse comme ses anoraks réussissait une sacrée performance. Il volait carrément la vedette au général de Gaulle dont on célébrait pourtant, un peu partout ailleurs, le quarantième anniversaire de la disparition. Et lorsque l'invité déclara un brin péremptoire: "On n'a pas de devoirs envers son pays, on est des individus, c'est tout!", on a bien cru entendre, en bruit de fond radiophonique, le héros de Colombey se retourner dans sa tombe, pour autant que sa gigantesque stature posthume le lui en laissait le loisir.
   Tant pis pour "l'homme du 18 juin", c'est celui du 8 novembre qui était ici à l'honneur! La gloire est ainsi faite. L'enthousiasme du moment peut balayer d'un insolent revers de manche de parka fripée la majestuosité d'un uniforme. Voilà bien à quoi nous songions en écoutant ce drôle de fan de Jean-Pierre Pernaud et de Julien Lepers nous rappeler que "la France est un hôtel, pas plus".
   Injustice? Affaire de circonstances, c'est tout, évitons les grands mots. D'ailleurs, s'il y en a un qui est déjà rompu aux fatals soubresauts de la renommée, c'est à l'évidence Michel Houellebecq lui-même. "C'est curieux comme les choses changent..." fait-il dire au père de son double, à la page 217 de son opus désormais ceint de la prestigieuse bande rouge. Oui, les choses changent vite et bien malin qui pourrait évaluer la durée du rayonnement de celui qui, il n'y a pas si longtemps encore, était conspué à l'unanimité, ou presque.
   Comment pouvait-on, dans un contexte analogue, ne pas penser, au moment de l'attribution du prix, à un lauréat précédent qui vient de disparaître dans une assez scandaleuse indifférence? Lorsqu'il fut sacré, en 1968, pour Les Fruits de l'hiver, lui aussi capta tous les regards. Lui aussi éclipsa momentanément de Gaulle, avant que la chienlit ne déferle. Lui aussi fit des déclarations brutes de décoffrage. Lui aussi pesta contre les travers de la société du moment. Lui aussi réhabilita l'âme des provinces et des bourgades. Lui aussi fut traité de populiste. Lui aussi aimait les chiens. Lui aussi lorgnait vers l'Irlande. Lui? Il s'appelait Bernard Clavel et il a signé plus de quatre-vingts ouvrages dévorés, loin des chapelles, sinon celles du Jura aux toits de pierre et de bois, par des millions de gens.
  Comprenons-nous bien: il ne s'agit pas de comparer les mérites respectifs du "dépressif" du Gâtinais et du bûcheron franc-comtois. Leurs oeuvres, pas plus que leurs démarches, leurs postures et leurs convictions - quoi que... - n'offrent de vraies similitudes. Qu'on nous permette simplement d'y mieux mesurer, parfois jusqu'au vertige, l'indécent grand écart auquel sont soumises, au fil des ans, ces notions floues que sont, en art, le goût et la reconnaissance, l'emballement et la postérité, le lâchage et la fidélité.
   Allez, terminons par une hypothèse. Et si, un de ces quatre, Michel Houellebecq rédigeait un vibrant éloge de Bernard Clavel? Dans La Carte et le territoire, il rend bien un hommage aussi inattendu sous sa plume que mérité pour l'intéressé, à un autre laissé-pour-compte de l'ingrat monde des Lettres: Jean-Louis Curtis (1917-1995). Curtis avait lui aussi obtenu le Goncourt. C'était en 1947 pour Les Forêts de la nuit. Ces forêts où il rôde aujourd'hui, si loin des splendeurs de chez Drouant, avec Clavel et tant d'autres, avant que l'histoire littéraire ne rende son jugement dernier. Au minimum dans un siècle ou deux, "particules élémentaires" comprises. D.P.
(Cette chronique a été publiée,

dans une version légèrement modifiée,

dans l'hebdomadaire "Voix du Jura",

n° 3452, semaine du 20 au 26 janvier 2011). 

 

Ferrat, Chabrol:

l'émotion consolatrice
   Drôles d'hommages, quand on y pense. Il y a quelques mois, la France, larme printanière à l'oeil et lyrisme aragonien aux lèvres, n'en finissait plus de saluer Jean Ferrat. La télévision nationale, on s'en souvient, n'hésita pas à retransmettre en direct les obsèques de l'"échappé"  ardéchois, un peu à la façon d'une étape de la "Grande boucle" dans un col cévenol. Et les foules bigarrées ne cessent, depuis, de se bousculer dans l'étroit cimetière basaltique, lors d'un fervent ballet qui ne manquerait pas d'agacer le discret compagnon des petites routes et des pensées rebelles.
   C'était en mars dernier, entre les deux tours d'une élection que les "bonnes gens"  boudèrent en une obstination inversement proportionnelle à celle qu'ils insufflèrent dans leur "au revoir" au chantre de La Montagne. Et voici donc qu'un semestre plus tard disparaît Claude Chabrol, sous un concert de louanges et face une émotion, certes pas tout à fait de la dimension de la précédente, mais néanmoins étonnante par son impact à la fois médiatique et intimiste.
   Holà, que se passe-t-il donc pour qu'un pays peu réputé pour aimer ses artistes - c'est un euphémisme - manifeste ainsi, coup sur coup, sa sympathie et son chagrin? Un tel engouement se justifie évidemment, au-delà de la force des couplets ou des films des deux créateurs, par la somme d'admiration et de proximité qu'ils inspiraient, chacun de son côté. Le premier par son insolente tendresse et ses engagements jamais feints. Le second par son observation espiègle et grinçante de la société. Mais sans doute faut-il voir également, dans ces effets conjugués de complicité populaire, des éléments d'ordre plus circonstantiels. L'interprète de Ma Môme et le cinéaste du Boucher, dans des registres répétons-le fort différents, n'en incarnaient pas moins l'un et l'autre, y compris sans doute jusque dans les propres limites de certaines de leurs oeuvres, une honnêteté, un goût du travail bien fait, un attachement à la mémoire et un indéfectible respect des individus. Autant de valeurs, faut-il le rappeler, qui font particulièrement défaut en une époque de cynisme roi, de politique dévoyée, de chasse aux minorités ethniques, de charters vrombissant d'indécence sur le tarmac glissant des campagnes électorales...
   Impossible de réécouter une chanson de Ferrat ou de se "repasser" un film de Chabrol sans s'imprégner des bénéfiques célébrations de la patience, de la malice, de la tolérance et de la liberté. Et puis, avons-le, nous ressentions une vraie consolation à les voir l'un et l'autre, moustache frémissante ou pipe en bouche, parler soupes d'autrefois, vins de terroir et pourfendre en se marrant "les cons qui n'arrêtent pas de voler et les autres de les regarder", cela en une époque où la fumée conviviale, le verre entre amis et l'humour décapant tombent sous le coup de la loi, alors que la "bêtise d'Etat" entache le pays du droit de Roms. 
   Entre "ombre faite humaine" et "oeil de Vichy", entre "amour cerise"  et adultères provinciales, Jean Ferrat et Claude Chabrol étaient tous deux, à leur manière, d'Antraigues à Sardent, d'éloquents refrains en travellings suggestifs, inscrits à l'inventaire de nos monuments historiques familiers. Continuons à nous précipiter pour la visite en groupes de leurs battements de coeur, de leurs ricanements, de leurs univers, de leur exemplarité. Alléluia et Moteur! D.P.

   

 La rentrée littéraire,

quelle vacherie!
 Elle est retrouvée. Quoi? La rentrée littéraire qui n'a, avouons-le, pas grand'chose à voir avec l'éternité rimbaldienne. Les libraires transpirent. Les attachées de presse s'enfièvrent. Les chroniqueurs frottent leurs lunettes et affûtent leur sens critique. Un peu partout on compte, on compare, on spécule. Au juste, 701 romans, dont 497 français, ça fait combien de plus, de moins ou de pile poil pareil que l'année dernière qui, elle-même, etc. Drôle de phénomène bien de chez nous que cette espèce de foire d'automne où l'on remplace les bestiaux par des bouquins et les viriles clameurs des enchères par des maquignonnages autour des prix. Palpez un peu cette Nothomb, vous m'en direz des nouvelles. Et le dernier fleuron de la race Houellebecq, visez-moi cette encolure. 
   S'il y en a une qui ne risque pas de s'offusquer de la métaphore bovine, c'est bien Claudie Gallay. La petite femme aux yeux bleu pervenche, propulsée directement de ses terreuses origines nord-iséroises aux "déferlantes" du succès, a écrit son nouvel opus, L'Amour est une île, (Actes Sud), dans sa bergerie du Charolais. Avec des broutards crème meuglant sous sa fenêtre. Avec un ciel pluvieux comme vache qui pisse. La-bas, du côté de La Clayette et de Semur, il y a les prés sans Saint-Germain. Et les éleveurs, qui tordent leurs casquettes à l'heure d'écorner leurs troupeaux, se fichent de l'embouche romanesque comme de la première litière de leur stabulation.
   Ils ne dévoreront ni Despentes, ni Forest, ni Volodine. Ni Linda Lê, ni Adam, ni Claudel. Et encore moins Breat Easton Ellis et J.M. Cootzee. Pas le temps. Propos un brin savants. Bref, un monde qui n'est pas le leur. Claudie, ce n'est pas pareil. Elle est presque d'ici. Elle cause comme l'ultime épicière du coin qui fait dépôt de pain et de journaux. Pas mince, le compliment.
    Cette fois-ci, c'est vrai, elle s'est embarquée du côté du festival d'Avignon l'année de la grève des intermittents. Evidemment, on s'en fiche un peu sur les rives de la Grosne, de la Guye ou du Grison. Mais sûr, la prochaine fois, elle parlera des gens du cru. A commencer, peut-être, par les habitants de Saint-Ythaire. Saint-Ythaire, c'est entre Bonnay et Curtil-sous-Burnand. 122 âmes en colère contre le projet d'implantation de cinq éoliennes. Un super sujet pour l'écrivain qu'on a même aperçue l'autre soir au "Vingt heures" de TF1.
    Les révoltés de Saint-Ythaire? A moins que ce ne soient les Don Quichotte de Bény. Bény, c'est au coeur de la Bresse, de l'autre côté de la Saône. Là, c'est contre la future Ligne à grande vitesse qu'on se mobilise à coups de calicots et de banderoles accrochés aux barrières des fermes et des villas avec, parfois, des slogans en patois: "LGV, to ka t'nallo!" ("LGV, tu n'as qu'à t'en aller"!).
   Des hélices géantes bientôt essaimées dans le paysage si cher jadis aux abbés de Cluny ou des trains fous écrasant prochainement l'AOC des célèbres volailles aux pattes bleues. Fichue alternative, quand on y pense. D'autant plus que, dans ce décor de pseudo-polar rural, on ne discerne pas la moindre librairie à l'horizon. Alors, dites, où c'est qu'on va les trouver, à Saint-Ythaire, à Bény ou ailleurs, les 701 titres annoncés? Houellebecq a raison: il convient de revoir de toute urgence "La carte et le territoire". Ah! quelle vacherie, par ici, la rentrée littéraire. (Fin août 2010). D.P.

 

Quelques nouvelles de par ici
 
 
    Je vais vous donner un peu des nouvelles de par ici. C'est où par ici? C'est chez moi. Enfin, je veux dire pas loin. A la rigueur juste à côté. Le décor, vous le connaissez. Il y a un village avec son clocher vaguement roman. Le presbytère transformé en gîte rural. L'épicerie où l'on vend des caramels pour les gosses et des asticots pour la pêche. Le calme règne jusqu'au milieu de l'après-midi. C'est à ce moment-là que les tracteurs ramènent les voitures de foin dans les fermes. Les travaux agricoles, cette année, quelle galère: on est passé directement de l'hiver du mois de mai à la canicule du solstice! Vers dix-huit heures, dix-huit heure trente, les gosses font des pirouettes à bécane et les ados, sur la placette, gloussent dans leurs téléphones portables sans jamais déclarer forfait. Ensuite, le boulodrome de fortune prend  doucement des allures de petit G20 provincial.
    Imperturbable, l'employé municipal arrose les fleurs. Ou ce qu'il en reste. Le week-end dernier, des dadais en goguette ont piétiné les terre-pleins. "Saloperie de désoeuvrés!" maugrée Jean en lisant l'entrefilet dans la chronique locale. Jean, c'est le facteur. Après sa tournée, il aime bien prendre un verre. Le seul café qui n'a pas encore baissé rideau aligne trois tables sur le trottoir. Les autres troquets ont tous fermé. Trop de travaux pour se mettre aux normes. En sirotant son panaché, le préposé s'attarde sur le journal du coin. Les décès, les mariages, les naissances, les accidents... Il lit aussi le billet, en haut à gauche de la page 2. Il y a même la photo du chroniqueur qui tient un bouquin dans ses mains. En regardant de près, on découvre le titre et l'auteur. C'est Après beaucoup d'années de Philippe Jaccottet.
    Jaccottet est un immense poète qui vit dans les parages. Mais personne ne le connaît vraiment. Jean s'en fiche. Lui, ce qu'il recherche dans son canard, ce sont les infos pratiques. Ou les échos du conseil municipal. L'annonce des fêtes d'été. Les vide-greniers des alentours. Mais à la Une, il y a cette photo. Un ministre et sa femme "dans la tourmente". Eric et Florence Woerth, ils s'appellent. Pierrot, le patron du café, qui vient faire un brin de causette à Jean, prononce ce nom à sa façon. Il dit "Voerte" et ça sonne un peu comme un hommage aux absinthes verlainiennes d'autrefois. "Tous pareils, hein, y'en a pas un pour racheter l'autre!". Jean, le regard rivé aux résultats du "Mondial" de foot et au classement général du Tour de France, ne répond rien. Ou alors il fait "hum hum" et bien malin qui pourrait comprendre si c'est une approbation ou l'inverse. 
  Rien ne bouge, ou presque. Il y a juste un soupçon d'électricité dans l'air. La grêle est annoncée pour le soir mais, c'est bien connu, "à la météo, ils se trompent tout le temps...". N'empêche, il faut hâter la fenaison. Demain à l'aube, les fourches hydrauliques des colossaux Renault ou John Deere payés à crédit planteront leurs dents dans ces rouleaux herbeux qui, au mitan des parcelles de la PAC, ressemblent aux chignons lavande des aïeules de ce "pays". Ce "pays" qui pleure et qui rit, qui meurt et qui vit. Ce "pays" qui attend les touristes. Ce "pays" en jachère où, dans les villas des lotissements en extension, Internet remplace désormais l'épicier qui faisait jadis sa tournée en klaxonnant à travers des hameaux pleins de vieux taiseux et de chiens tout en gueule. 
  Voilà, ça se passe par ici un jour brûlant de juillet. Plus tard, peut-être, je vous donnerai des nouvelles de par là-bas. C'est où par là-bas? C'est du côté de par ici. Si jamais, un de ces quatre, vous avez l'occasion, arrêtez vous quelques instants, on parlera un peu de Jaccottet. "Faites passer, disait la terre elle-même, ce matin-là, de sa voix qui n'en est pas une. Mais quoi encore? Quelle consigne?" (Juillet 2010). D.P.
 

    

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