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30 août 2018 4 30 /08 /août /2018 20:46
Il y a 39 ans, Jean seberg...
Il y a 39 ans, Jean seberg...
Il y a 39 ans, Jean seberg...
Il y a 39 ans, Jean seberg...
Il y a 39 ans, Jean seberg...
 

Le 30 août 1979 - trente-neuf ans pile - disparaissait Jean Seberg. Son corps allait être retrouvé le 8 septembre enroulé dans une couverture à l'arrière d'une R5 blanche garée dans une rue discrète du XIVe arrondissement de Paris. À Montparnasse, quelqu'un a déposé sur sa tombe un exemplaire Folio de La Vie devant soie d'Émile Ajar, pseudonyme de Romain Gary qui fut l'un de ses maris. Une vie - deux vies - "À bout de souffle". Aujourd'hui, tout près du cimetière, rue Campagne-Première ("Rue Première Campagne", selon le joli lapsus de Jean dénonçant son ami à la police), un café a pris pour enseigne le titre du célèbre film de Godard qui s'achève ici par une séquence mythique. On y voit la jeune comédienne aux cheveux courts se pencher vers Belmondo/Poiccard abattu par les flics. Et la dernière réplique est dans toutes les anthologies du cinéma :
- T'es vraiment dégueulasse.
- Qu'est-ce que c'est dégueulasse? D.P.

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24 août 2018 5 24 /08 /août /2018 14:08
"Ne pleure plus Franck!"

Pour saluer Franck Venaille, Prix Roger-Kowalski 2001 (pour Tragique (Obsidiane) et Goncourt de la poésie en 2017, disparu hier, 23 août, à 81 ans, ce vibrant appel wallon de Jean-Pierre Verheggen dans la revue Europe de juin-juillet 2007 : "Ne pleure plus Franck! Ne pleure plus! / Ici, le ciel est gris! / Oui, mon cher Franck, nous le jurons! / Nous te belgerons à tout jamais! / Nous t'hébelgerons même où et quand tu voudras!". D.P.

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22 août 2018 3 22 /08 /août /2018 16:26
Sur le site Babelio
Sur le site Babelio

 

Sur le site Babelio, une lecture de Je volais je le jure (Bulles de Savon), mon deuxième roman pour la jeunesse - et pour les autres - paru en novembre dernier. La critique, elle, est toute fraîche et c'est peu dire qu'en ces temps de canicule, elle fait du bien. Merci à son auteur, une jeune femme de 19 ans qui signe Miss Perle, qualificatif précieux que, pour le coup, on lui accorde sans barguigner. D.P.

________

 

MissPerle
  19 août 2018
★★★★★
★★★★★
 
Quelle agréable surprise fut ce livre lorsque je l'ai déballé de son colis... Je ne m'attendais pas à recevoir ce titre, puis lorsque j'ai vu son auteur j'ai été moins stupéfaite, mais pas moins contente !, car l'année dernière j'ai découvert sa plume à travers Maman aime danser, une histoire très émouvante qui m'avait beaucoup touchée...
Alors c'est avec joie et curiosité que j'ai découvert Je volais je le jure, qui fut une merveilleuse lecture !


L'histoire est celle d'un adolescent de 17 ans qui se réveille un matin dans son lit avec des plumes, des ailes, deux pattes et un bec... le voilà transformé en oiseau sans savoir pourquoi ni comment ! Il ne tarde pas à s'envoler par la fenêtre ne sachant comment ses parents réagiraient s'ils découvraient un oiseau à la place de leur fils...


J'ai vécu un doux moment en compagnie de ce livre, la plume de Didier Pobel est remplie de poésie et de tendresse ! Ce fut un véritable plaisir de se laisser bercer par son écriture... Mais cette douceur n'empêche pas l'auteur d'aborder des thèmes forts et actuels qui résonnent en nous ! Je me suis sentie très proche de Grégoire, de ses doutes, interrogations et affirmations. Je n'étais pas d'accord avec toutes ses pensées, mais j'ai été contente de découvrir un personnage profond avec un caractère affirmé et une personnalité qui se dévoile au fil des pages.


Grégoire est donc un personnage touchant qui fait référence à des évènements de notre société auxquels on ne peut rester insensibles... Je pense que beaucoup d'adolescents pourront trouver en ce protagoniste un miroir qui reflète nos espoirs, rêves et incertitudes dans un monde inconstant.


Puis le nombre de références au niveau musical, historique, culturel fait plaisir ! Je suis même allée écouter la voix et découvrir les textes de Jacques Brel après avoir terminé le livre, pour tout vous dire... 


Au niveau des émotions et des sentiments, j'en ai peut-être moins éprouvés qu'avec Maman aime danser... En même temps, l'histoire était vraiment chamboulante ! Mais l'intrigue reste prenante et magnifiquement bien écrite, je souligne encore la plume envoûtante de Didier Pobel qui est empreinte d'un certain lyrisme à faire palpiter votre petit cœur... 


Pour conclure, c'est en fermant les yeux que je vous recommande cette lecture avec laquelle j'ai passée un excellent moment teinté de réflexions, d'un brin de tristesse due à certains sujets abordés, mais aussi de sourires et d'amour... 
Lien : HTTPS://UN-UNIVERS-DE-LIVRES..
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22 août 2018 3 22 /08 /août /2018 10:13
"La poésie est la chose la plus importante..."
"La poésie est la chose la plus importante..."
"La poésie est la chose la plus importante..."
"La poésie est la chose la plus importante..."

Au hasard d'une flânerie parisienne d'août à travers les allées du cimetière Montparnasse, se souvenir tout à coup, avec émotion, de Georges Lambrichs. Et plus particulièrement de ce jour - lointain - où arrivèrent dans l'antique boîte aux lettres familiale bressane les épreuves d'une première note dans La Nouvelle Revue Française qu'il dirigeait alors. Lambrichs qui disait : "La poésie est la chose la plus importante qui soit". Pas sûr qu'on ait vraiment fait mieux depuis. D.P.

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21 août 2018 2 21 /08 /août /2018 11:01
Dans "La Voix de l'Ain"
Dans "La Voix de l'Ain"
Dans "La Voix de l'Ain"
Dans "La Voix de l'Ain"
Dans "La Voix de l'Ain"
Dans "La Voix de l'Ain"

Petit récapitulatif de mes billets estivaux parus dans l'hebdomadaire La Voix de l'Ain entre le 13 juillet et le17 août. Bonne lecture!

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7 août 2018 2 07 /08 /août /2018 09:22
"Rien de nouveau dans notre existence..."

En lisant Colette, lecture d'été par excellence, comment ne pas sourire en tombant sur ces lignes : "Rien de nouveau dans notre existence, sauf une vague de chaleur assez rude : 38° à 10h du soir..."? Sourire, oui, car la lettre de Colette (*) est datée du... 6 août 1943. Comme quoi...
_____


(in Lettres à Tonton, éditions Mille et une nuits, 2004).

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7 août 2018 2 07 /08 /août /2018 08:59
Bouche de feu

D'un cracheur de feu, l'autre... The "chaud" must go one! (Une image [© D.P.] de la canicule saisie à Péronnas, près de Bourg-en-Bresse, le samedi 4 août 2018 à 16h45).

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31 juillet 2018 2 31 /07 /juillet /2018 09:25
Michel Butel (1940-2018) : la "lueur maintenue"
Michel Butel (1940-2018) : la "lueur maintenue"
Michel Butel (1940-2018) : la "lueur maintenue"
Michel Butel (1940-2018) : la "lueur maintenue"

Dans mes cartons au garage, ces vestiges d'une autre civilisation. Michel Butel faisait des .journaux comme il respirait. Enfin, plutôt mieux car il était asthmatique. Et quand il n'y en avait plus (de journaux), il y en avait Encore. L'un d'eux s'est même appelé L'Impossible... Butel,, qui était aussi romancier - L'Autre amour (Mercure de France) avait obtenu le prix Médicis en 1977) - vient de pousser son dernier souffle. C'était le 26 juillet, il avait 77 ans. ("Journal, lueur maintenue de la conversation"). D.P.

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24 juillet 2018 2 24 /07 /juillet /2018 12:45
Un moi sans vacances

   Donc, c'est une affaire entendue, Jean-Jacques Nuel est mégalo. Un de ceux qui "sign[ent], sans les lire, toutes les pétitions pour faire circuler [leur] nom". Un de ceux qui, lorsqu'ils s'invitent chez nous, préfèrent ne pas rester trop longtemps afin de nous épargner une condamnation "pour recel de génie". Un fieffé tartarin qui, malgré ses chevilles qui enflent, "ne cherche pas à écraser les autres" de peur de "salir [ses] chaussures". On l'aura compris, si Nuel, l'auteur de Lettres de cachet (Asphodèle, 2013) et de Billets d'absence (Le Pont du change, 2015) ne passe plus à travers les portes, il n'en franchit pas moins allègrement le seuil de l'humour, si possible bien noir, histoire de prouver qu'il n'est pas raciste.

  Ne nous y trompons pas, toutefois : c'est aussi la gravité qui ne cesse d'affleurer sous des aphorismes à classer quelque part entre les "Inscriptions" de Scutenaire et les pensées de Groucho Marx. Le fait qu'un bref échantillon de ce Journal d'un mégalo ait été précédemment publié dans le magazine Fluide glacial est en tout cas promesse de rafraîchissement en ce moi(s) de canicule où l'on ne peut qu'apprécier davantage encore, n'est-ce pas, la fréquentation d'un homme qui se vante.

   "Mon livre est un chef-d'oeuvre. La seule petite faiblesse est à mon avis le code-barres, mais je n'en suis pas l'auteur", se rengorge-t-il. La seule petite faiblesse, vraiment? Eh! non, il y en a au moins une autre. Le recueil est trop mince. Mais on se gardera bien de faire la remarque à ce misanthrope qui n'a rien mis en trop. Le bougre est capable de nous répondre : "Lisez mon livre moins vite, pour faire durer votre plaisir". Paon sur le bec!

   Didier POBEL

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   Journal d'un mégalo  de Jean-Jacques Nuel, aux éditions (wallones) Cactus Inébranlable, 74 p.

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18 juillet 2018 3 18 /07 /juillet /2018 22:55
Les vacances de Monsieur Hollande

Lui aussi, saison oblige, il part. Finita la comedia, stop le turbin! Et ses vacances, il les a bien méritées. Des semaines de boulot de forçat qu'il s'est tapées. Soixante séances de dédicaces dans 48 départements, avec à chaque fois un échange d'environ trois minutes auprès de 350 à 400 personnes. Mais là, basta, ras la casquette et le poignet, il renonce à se représenter... dans les librairies et autres maisons de la presse.

   Une décision que notre surprenant auteur à succès a annoncée de façon quasi officielle hier soir à Montreuil au terme d'une ultime séance de signatures de son best-seller, Les Leçons du pouvoir (Stock), lequel, contre toute attente, l'aura conduit à rencontrer quelque 21.000 personnes dans 56 villes en trois mois et à poser pour un nombre infini de selfies.

Fabuleux destin tout de même quand on y pense que celui de François Hollande, notre Monsieur Hulot de la politique, car c'est de lui qu'il s'agit, bien sûr, lui qui n'a cessé d'être discrédité durant tout son quinquennat et qui, par un coup de baguette magique post-mandat, a magistralement réussi à inverser la courbe de la sympathie avec un ouvrage qui, singeant les Goncourt, flirte allègrement avec les 100.000 exemplaires vendus.

   Le défi relève du paradoxe en une époque où, les chiffres sont formels, de moins en moins de gens lisent. C'est qu'en France, le pays de Giscard et de Chirac, on aime les présidents quand ils ne le sont plus et cela quoi qu'ils fassent. Emmanuel Macron, actuellement au plus bas dans l'opinion, devra méditer cela. Dans un certain temps, lorsqu'il aura fatalement - car tout arrive - quitté le pouvoir, il sera plébiscité, pour un peu qu'il couche par écrit, sur papier de Hollande ou pas, son étonnante destinée. Peut-être, qui sait, réfléchit-il déjà au titre. On se contentera simplement de lui rappeler ici que Premier de cordée, c'est déjà pris. D.P.

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Présentation

  • : Le blog de Didier Pobel
  • : L'usage des jours (livres, poésie, voyages, journal, impressions...)
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Texte Libre

Ces révolutions que

nous n'avons pas vu venir

   De retour à Bény, en ce bel hiver de givre, je relis cette carte postale que mon père garde, avec celles des étés précédents, sur le buffet de la cuisine. "Sous le ciel encore chaud de la Tunisie, nous pensons bien à toi. Ici, on ne se croirait pas à la veille de la Toussaint. À bientôt. On t'embrasse". Des mots tout simples, écrits comme toujours à la hâte, au moment de reprendre l'avion. 

   C'était à peine trois mois plus tôt. Du Cap Bon où nous faisions halte, nous avions effectué de cahotants trajets à travers le pays. Le Temple des eaux au pied du djebel Zaghouan. Le site romain de Dougga, pur poème de pierre, de vent et d'oliviers, où Abdallah, notre guide, nous avait imposé une visite pour le moins exhaustive. Les villages poussiéreux où la population s'ennuie sous les palmiers flétris. Les charrettes, les bourricots, les antiques mobylettes. La pauvreté, la dignité et, pensions-nous, la résignation.

     La résignation? Eh oui, même lorsqu'on est le témoin d'un régime sans ambiguïtés, il n'est pas toujours si simple de pressentir l'histoire en marche. Avec le recul, pourtant, il y avait eu des scènes éloquentes. Ces barrages de police un peu partout, justifiés alors par un enlèvement d'enfant. Ce jeune diplômé quêtant quelques dinars dans les majestueuses ruines de Thuburbo Majus et qui se cachait pour aborder les "nantis" que nous étions à ses yeux. Un feu couvait en lui, c'est sûr. Il n'aurait peut-être pas fallu grand-chose pour qu'il parle. Mais nous étions pressés, comme souvent.

     Et, disons-le aussi, la méfiance nous gagnait. Un soir, du côté de la cité viticole de Grombalia, un 4X4 aux vitres fumées avait rattrapé notre "Symbol" de location. Une impression se confirmait: nous étions suivis. Sans doute vaut-il mieux ne pas écrire "journaliste" à la rubrique "profession" sur les fiches de douanes à l'arrivée lorsque, quelques mois plus tôt, on a utilisé le mot "dictature" pour rendre compte de la dernière parodie de réélection présidentielle au palais de Carthage.

     Les touristes européens flânaient dans les souks. Les cornes de gazelles étaient sucrées, le vin gris de Mornag montait à la tête, octobre avait de superbes rousseurs de désert et la tiédeur des plages invitait à fermer à demi les yeux. Que voulez-vous, c'est comme ça: exportées sur place, les plus solides notions de droits de l'homme se dissolvent parfois dans le bleu de la mer...

     Pour notre part, nous aurions dû prêter davantage attention aux ardents regards noirs de toute une jeunesse rivés aux téléphones portables. La "génération Ben Ali dégage!" préparait, dans la retenue, le grand soir arabe. Le fantoche président de fer était encore omniprésent. Piètre sosie d'un acteur de série B aux cheveux teints, posant, la main sur le cœur à chaque coin de rue, dans chaque lieu public, à côté des pubs pour les biscuits "Tigato" et pour les firmes corrompues se partageant le gâteau.

     Et voilà. Maintenant nous sommes au début 2011. Dans l'odeur du jasmin et de la poudre, dans le bruit des youyous et des balles, la Tunisie a fait sa "Révolution Facebook". Bonheur de découvrir ces incroyables images à la télévision qui en rappellent d'autres. À Berlin non plus, nous n'avions rien vu venir en novembre 1989. Pas plus qu'à Bucarest le mois suivant. Pas plus qu'au Caire ces dernières semaines...

     Nous parlons de tout cela, ce soir, dans cette ferme de Bresse où, depuis plus de trois ans, mon père veille seul avec son chien et ses cartes postales. Celle-ci, un peu plus ancienne, a été postée de Louxor: "Le printemps égyptien est doux. De part et d'autre du Nil, des merveilles nous attendent. À bientôt. On t'embrasse". Tout à l'heure, il nous rappellera comment lui aussi a retrouvé un jour la liberté. C'était en janvier 1945. L'armée russe avançait. Les portes du stalag de Silésie où il venait de passer plus de cinq ans s'ouvraient. Il allait encore mettre plus de quatre mois pour traverser, à pied et la faim au ventre, un no man's land de charniers, de ruines et de spectres hagards.

     Mais ceci est une autre histoire, direz-vous. Bien sûr. N'empêche, la Liberté, d'où qu'elle vienne, d'où qu'elle revienne, est la même. Au Nord ou à l'Est hier. Au Sud aujourd'hui. Dans nos sursauts collectifs. Dans nos émois partagés. Par l'étroite fenêtre aussi, parfois, de nos petites perceptions occidentales. D.P.

(Cette chronique a été publiée

dans l'hebdomadaire "Voix de l'Ain",

n° 3433, semaine du 11 au 18 février 2011). 

  

La carte de la gloire,

le territoire de l'oubli

   Le triomphe de Michel Houellebecq nous réjouit. Nous fûmes suffisamment déçus par ses échecs au Goncourt en 1998, avec Les Particules élémentaires, et en 2005, avec La Possibilité d'une île, pour ne pas nous féliciter de sa victoire, lundi dernier, à la troisième "tentative". Et cela d'autant plus que La Carte et le territoire (Flammarion) est un roman, à la fois désenchanté et jubilatoire, qui s'inscrit à merveille dans l'air du temps de ce mois de novembre 2010 où, sous la résignation apparente, se profile une très énergique "extension du domaine de la lutte".
   Le lendemain du prix, nous écoutions l'"heureux"  lauréat, sur France Inter, exhorter les auditeurs à ne jamais baisser les bras. "Ne vous laissez pas emmerder, soyez libres!", clamait-il. Magnifique, Michel! comme dirait Drucker qui ne va sans doute pas tarder à programmer un"Vivement dimanche"  houellebecquien. Il faut dire que ce matin-là, le malicieux écrivain à la paupière lasse comme ses anoraks réussissait une sacrée performance. Il volait carrément la vedette au général de Gaulle dont on célébrait pourtant, un peu partout ailleurs, le quarantième anniversaire de la disparition. Et lorsque l'invité déclara un brin péremptoire: "On n'a pas de devoirs envers son pays, on est des individus, c'est tout!", on a bien cru entendre, en bruit de fond radiophonique, le héros de Colombey se retourner dans sa tombe, pour autant que sa gigantesque stature posthume le lui en laissait le loisir.
   Tant pis pour "l'homme du 18 juin", c'est celui du 8 novembre qui était ici à l'honneur! La gloire est ainsi faite. L'enthousiasme du moment peut balayer d'un insolent revers de manche de parka fripée la majestuosité d'un uniforme. Voilà bien à quoi nous songions en écoutant ce drôle de fan de Jean-Pierre Pernaud et de Julien Lepers nous rappeler que "la France est un hôtel, pas plus".
   Injustice? Affaire de circonstances, c'est tout, évitons les grands mots. D'ailleurs, s'il y en a un qui est déjà rompu aux fatals soubresauts de la renommée, c'est à l'évidence Michel Houellebecq lui-même. "C'est curieux comme les choses changent..." fait-il dire au père de son double, à la page 217 de son opus désormais ceint de la prestigieuse bande rouge. Oui, les choses changent vite et bien malin qui pourrait évaluer la durée du rayonnement de celui qui, il n'y a pas si longtemps encore, était conspué à l'unanimité, ou presque.
   Comment pouvait-on, dans un contexte analogue, ne pas penser, au moment de l'attribution du prix, à un lauréat précédent qui vient de disparaître dans une assez scandaleuse indifférence? Lorsqu'il fut sacré, en 1968, pour Les Fruits de l'hiver, lui aussi capta tous les regards. Lui aussi éclipsa momentanément de Gaulle, avant que la chienlit ne déferle. Lui aussi fit des déclarations brutes de décoffrage. Lui aussi pesta contre les travers de la société du moment. Lui aussi réhabilita l'âme des provinces et des bourgades. Lui aussi fut traité de populiste. Lui aussi aimait les chiens. Lui aussi lorgnait vers l'Irlande. Lui? Il s'appelait Bernard Clavel et il a signé plus de quatre-vingts ouvrages dévorés, loin des chapelles, sinon celles du Jura aux toits de pierre et de bois, par des millions de gens.
  Comprenons-nous bien: il ne s'agit pas de comparer les mérites respectifs du "dépressif" du Gâtinais et du bûcheron franc-comtois. Leurs oeuvres, pas plus que leurs démarches, leurs postures et leurs convictions - quoi que... - n'offrent de vraies similitudes. Qu'on nous permette simplement d'y mieux mesurer, parfois jusqu'au vertige, l'indécent grand écart auquel sont soumises, au fil des ans, ces notions floues que sont, en art, le goût et la reconnaissance, l'emballement et la postérité, le lâchage et la fidélité.
   Allez, terminons par une hypothèse. Et si, un de ces quatre, Michel Houellebecq rédigeait un vibrant éloge de Bernard Clavel? Dans La Carte et le territoire, il rend bien un hommage aussi inattendu sous sa plume que mérité pour l'intéressé, à un autre laissé-pour-compte de l'ingrat monde des Lettres: Jean-Louis Curtis (1917-1995). Curtis avait lui aussi obtenu le Goncourt. C'était en 1947 pour Les Forêts de la nuit. Ces forêts où il rôde aujourd'hui, si loin des splendeurs de chez Drouant, avec Clavel et tant d'autres, avant que l'histoire littéraire ne rende son jugement dernier. Au minimum dans un siècle ou deux, "particules élémentaires" comprises. D.P.
(Cette chronique a été publiée,

dans une version légèrement modifiée,

dans l'hebdomadaire "Voix du Jura",

n° 3452, semaine du 20 au 26 janvier 2011). 

 

Ferrat, Chabrol:

l'émotion consolatrice
   Drôles d'hommages, quand on y pense. Il y a quelques mois, la France, larme printanière à l'oeil et lyrisme aragonien aux lèvres, n'en finissait plus de saluer Jean Ferrat. La télévision nationale, on s'en souvient, n'hésita pas à retransmettre en direct les obsèques de l'"échappé"  ardéchois, un peu à la façon d'une étape de la "Grande boucle" dans un col cévenol. Et les foules bigarrées ne cessent, depuis, de se bousculer dans l'étroit cimetière basaltique, lors d'un fervent ballet qui ne manquerait pas d'agacer le discret compagnon des petites routes et des pensées rebelles.
   C'était en mars dernier, entre les deux tours d'une élection que les "bonnes gens"  boudèrent en une obstination inversement proportionnelle à celle qu'ils insufflèrent dans leur "au revoir" au chantre de La Montagne. Et voici donc qu'un semestre plus tard disparaît Claude Chabrol, sous un concert de louanges et face une émotion, certes pas tout à fait de la dimension de la précédente, mais néanmoins étonnante par son impact à la fois médiatique et intimiste.
   Holà, que se passe-t-il donc pour qu'un pays peu réputé pour aimer ses artistes - c'est un euphémisme - manifeste ainsi, coup sur coup, sa sympathie et son chagrin? Un tel engouement se justifie évidemment, au-delà de la force des couplets ou des films des deux créateurs, par la somme d'admiration et de proximité qu'ils inspiraient, chacun de son côté. Le premier par son insolente tendresse et ses engagements jamais feints. Le second par son observation espiègle et grinçante de la société. Mais sans doute faut-il voir également, dans ces effets conjugués de complicité populaire, des éléments d'ordre plus circonstantiels. L'interprète de Ma Môme et le cinéaste du Boucher, dans des registres répétons-le fort différents, n'en incarnaient pas moins l'un et l'autre, y compris sans doute jusque dans les propres limites de certaines de leurs oeuvres, une honnêteté, un goût du travail bien fait, un attachement à la mémoire et un indéfectible respect des individus. Autant de valeurs, faut-il le rappeler, qui font particulièrement défaut en une époque de cynisme roi, de politique dévoyée, de chasse aux minorités ethniques, de charters vrombissant d'indécence sur le tarmac glissant des campagnes électorales...
   Impossible de réécouter une chanson de Ferrat ou de se "repasser" un film de Chabrol sans s'imprégner des bénéfiques célébrations de la patience, de la malice, de la tolérance et de la liberté. Et puis, avons-le, nous ressentions une vraie consolation à les voir l'un et l'autre, moustache frémissante ou pipe en bouche, parler soupes d'autrefois, vins de terroir et pourfendre en se marrant "les cons qui n'arrêtent pas de voler et les autres de les regarder", cela en une époque où la fumée conviviale, le verre entre amis et l'humour décapant tombent sous le coup de la loi, alors que la "bêtise d'Etat" entache le pays du droit de Roms. 
   Entre "ombre faite humaine" et "oeil de Vichy", entre "amour cerise"  et adultères provinciales, Jean Ferrat et Claude Chabrol étaient tous deux, à leur manière, d'Antraigues à Sardent, d'éloquents refrains en travellings suggestifs, inscrits à l'inventaire de nos monuments historiques familiers. Continuons à nous précipiter pour la visite en groupes de leurs battements de coeur, de leurs ricanements, de leurs univers, de leur exemplarité. Alléluia et Moteur! D.P.

   

 La rentrée littéraire,

quelle vacherie!
 Elle est retrouvée. Quoi? La rentrée littéraire qui n'a, avouons-le, pas grand'chose à voir avec l'éternité rimbaldienne. Les libraires transpirent. Les attachées de presse s'enfièvrent. Les chroniqueurs frottent leurs lunettes et affûtent leur sens critique. Un peu partout on compte, on compare, on spécule. Au juste, 701 romans, dont 497 français, ça fait combien de plus, de moins ou de pile poil pareil que l'année dernière qui, elle-même, etc. Drôle de phénomène bien de chez nous que cette espèce de foire d'automne où l'on remplace les bestiaux par des bouquins et les viriles clameurs des enchères par des maquignonnages autour des prix. Palpez un peu cette Nothomb, vous m'en direz des nouvelles. Et le dernier fleuron de la race Houellebecq, visez-moi cette encolure. 
   S'il y en a une qui ne risque pas de s'offusquer de la métaphore bovine, c'est bien Claudie Gallay. La petite femme aux yeux bleu pervenche, propulsée directement de ses terreuses origines nord-iséroises aux "déferlantes" du succès, a écrit son nouvel opus, L'Amour est une île, (Actes Sud), dans sa bergerie du Charolais. Avec des broutards crème meuglant sous sa fenêtre. Avec un ciel pluvieux comme vache qui pisse. La-bas, du côté de La Clayette et de Semur, il y a les prés sans Saint-Germain. Et les éleveurs, qui tordent leurs casquettes à l'heure d'écorner leurs troupeaux, se fichent de l'embouche romanesque comme de la première litière de leur stabulation.
   Ils ne dévoreront ni Despentes, ni Forest, ni Volodine. Ni Linda Lê, ni Adam, ni Claudel. Et encore moins Breat Easton Ellis et J.M. Cootzee. Pas le temps. Propos un brin savants. Bref, un monde qui n'est pas le leur. Claudie, ce n'est pas pareil. Elle est presque d'ici. Elle cause comme l'ultime épicière du coin qui fait dépôt de pain et de journaux. Pas mince, le compliment.
    Cette fois-ci, c'est vrai, elle s'est embarquée du côté du festival d'Avignon l'année de la grève des intermittents. Evidemment, on s'en fiche un peu sur les rives de la Grosne, de la Guye ou du Grison. Mais sûr, la prochaine fois, elle parlera des gens du cru. A commencer, peut-être, par les habitants de Saint-Ythaire. Saint-Ythaire, c'est entre Bonnay et Curtil-sous-Burnand. 122 âmes en colère contre le projet d'implantation de cinq éoliennes. Un super sujet pour l'écrivain qu'on a même aperçue l'autre soir au "Vingt heures" de TF1.
    Les révoltés de Saint-Ythaire? A moins que ce ne soient les Don Quichotte de Bény. Bény, c'est au coeur de la Bresse, de l'autre côté de la Saône. Là, c'est contre la future Ligne à grande vitesse qu'on se mobilise à coups de calicots et de banderoles accrochés aux barrières des fermes et des villas avec, parfois, des slogans en patois: "LGV, to ka t'nallo!" ("LGV, tu n'as qu'à t'en aller"!).
   Des hélices géantes bientôt essaimées dans le paysage si cher jadis aux abbés de Cluny ou des trains fous écrasant prochainement l'AOC des célèbres volailles aux pattes bleues. Fichue alternative, quand on y pense. D'autant plus que, dans ce décor de pseudo-polar rural, on ne discerne pas la moindre librairie à l'horizon. Alors, dites, où c'est qu'on va les trouver, à Saint-Ythaire, à Bény ou ailleurs, les 701 titres annoncés? Houellebecq a raison: il convient de revoir de toute urgence "La carte et le territoire". Ah! quelle vacherie, par ici, la rentrée littéraire. (Fin août 2010). D.P.

 

Quelques nouvelles de par ici
 
 
    Je vais vous donner un peu des nouvelles de par ici. C'est où par ici? C'est chez moi. Enfin, je veux dire pas loin. A la rigueur juste à côté. Le décor, vous le connaissez. Il y a un village avec son clocher vaguement roman. Le presbytère transformé en gîte rural. L'épicerie où l'on vend des caramels pour les gosses et des asticots pour la pêche. Le calme règne jusqu'au milieu de l'après-midi. C'est à ce moment-là que les tracteurs ramènent les voitures de foin dans les fermes. Les travaux agricoles, cette année, quelle galère: on est passé directement de l'hiver du mois de mai à la canicule du solstice! Vers dix-huit heures, dix-huit heure trente, les gosses font des pirouettes à bécane et les ados, sur la placette, gloussent dans leurs téléphones portables sans jamais déclarer forfait. Ensuite, le boulodrome de fortune prend  doucement des allures de petit G20 provincial.
    Imperturbable, l'employé municipal arrose les fleurs. Ou ce qu'il en reste. Le week-end dernier, des dadais en goguette ont piétiné les terre-pleins. "Saloperie de désoeuvrés!" maugrée Jean en lisant l'entrefilet dans la chronique locale. Jean, c'est le facteur. Après sa tournée, il aime bien prendre un verre. Le seul café qui n'a pas encore baissé rideau aligne trois tables sur le trottoir. Les autres troquets ont tous fermé. Trop de travaux pour se mettre aux normes. En sirotant son panaché, le préposé s'attarde sur le journal du coin. Les décès, les mariages, les naissances, les accidents... Il lit aussi le billet, en haut à gauche de la page 2. Il y a même la photo du chroniqueur qui tient un bouquin dans ses mains. En regardant de près, on découvre le titre et l'auteur. C'est Après beaucoup d'années de Philippe Jaccottet.
    Jaccottet est un immense poète qui vit dans les parages. Mais personne ne le connaît vraiment. Jean s'en fiche. Lui, ce qu'il recherche dans son canard, ce sont les infos pratiques. Ou les échos du conseil municipal. L'annonce des fêtes d'été. Les vide-greniers des alentours. Mais à la Une, il y a cette photo. Un ministre et sa femme "dans la tourmente". Eric et Florence Woerth, ils s'appellent. Pierrot, le patron du café, qui vient faire un brin de causette à Jean, prononce ce nom à sa façon. Il dit "Voerte" et ça sonne un peu comme un hommage aux absinthes verlainiennes d'autrefois. "Tous pareils, hein, y'en a pas un pour racheter l'autre!". Jean, le regard rivé aux résultats du "Mondial" de foot et au classement général du Tour de France, ne répond rien. Ou alors il fait "hum hum" et bien malin qui pourrait comprendre si c'est une approbation ou l'inverse. 
  Rien ne bouge, ou presque. Il y a juste un soupçon d'électricité dans l'air. La grêle est annoncée pour le soir mais, c'est bien connu, "à la météo, ils se trompent tout le temps...". N'empêche, il faut hâter la fenaison. Demain à l'aube, les fourches hydrauliques des colossaux Renault ou John Deere payés à crédit planteront leurs dents dans ces rouleaux herbeux qui, au mitan des parcelles de la PAC, ressemblent aux chignons lavande des aïeules de ce "pays". Ce "pays" qui pleure et qui rit, qui meurt et qui vit. Ce "pays" qui attend les touristes. Ce "pays" en jachère où, dans les villas des lotissements en extension, Internet remplace désormais l'épicier qui faisait jadis sa tournée en klaxonnant à travers des hameaux pleins de vieux taiseux et de chiens tout en gueule. 
  Voilà, ça se passe par ici un jour brûlant de juillet. Plus tard, peut-être, je vous donnerai des nouvelles de par là-bas. C'est où par là-bas? C'est du côté de par ici. Si jamais, un de ces quatre, vous avez l'occasion, arrêtez vous quelques instants, on parlera un peu de Jaccottet. "Faites passer, disait la terre elle-même, ce matin-là, de sa voix qui n'en est pas une. Mais quoi encore? Quelle consigne?" (Juillet 2010). D.P.
 

    

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