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24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 00:40
Et soudain Christine Angot...

   Et soudain Christine Angot arriva... Il pouvait être quoi, 22h, 22h10 hier soir, L'Émission politique  allait prestement son train sur France 2. Denis Pujadas menait, sans démériter, les débats. François Langlet avait brandi quelques minutes plus tôt ses graphiques. En face d'eux, François Fillon, pas vraiment à la fête, répondait du tac au tac sans jamais se départir - mais comment fait-il? - de son masque impassible. Et puis, et puis... Et puis soudain Christine Angot arriva. Là, tout de suite on sentit qu'il allait se passer quelque chose avec celle qui venait d'être présentée comme la chroniqueuse "surprise" de la soirée. Une tension dans l'air, une crispation des visages, assurément quelque chose qui bascule. Et les huit minutes qui suivirent constituèrent une de ces scènes de télé d'anthologie, une de celles qu'on repasse longtemps après dans les rétrospectives des clashs en direct.

  Furibarde, inquisitrice, rejetant d'emblée toute idée de dialogue et brandissant un bracelet qu'on lui avait offert à des fins intéressées, l'intervenante se livra à une charge d'une violence parfaitement inédite en pareille situation. Accusant l'invité de malhonnêteté, tout en lui reprochant d'avoir pratiqué précédemment "un chantage au suicide", elle se montra plus virulente encore en terminant par ces mots non dénués d'une cinglante ironie : "Vous avez une bonne tête!"

  Quelques insultes s'élevèrent du public. Pujadas dut en appeler au calme. Et nous autres téléspectateurs nous nous demandions bien à quoi nous venions d'assister. À la haineuse diatribe d'une femme révulsée? À un assaut de provoc' orchestré? À un détonnant coup de gueule rappelant un peu la façon dont Daniel Balavoine apostropha jadis Mitterrand? Difficile à dire. Ce qu'il y a de sûr en tout cas, c'est que ce moment de télé bru(e) aura en instant fait voler en éclats tous les codes de l'exercice médiatique. Quitte à choquer. Quitte aussi à rendre, qui sait, loin de la volonté initiale de la romancière d'Un amour impossible, François Fillon un tantinet plus sympathique. D.P.

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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 18:17
Roll over Chuck!

Ah! cette voix éruptive jaillie de la légende, ces riffs de Gibson brandie comme une planche à laver, ces mots de français ricanant dans You never can tell  (*) ou bien encore la clameur de ces "Ollé!" de vieux toréador du swing... Et puis ces pantalons pattes d'eph' carmin, ces gilets à fleurs, ces favoris de pirate, cette casquette de Popeye, ces souliers vernis bicolores, ces mimiques de malicieux voyou à la fine moustache... Écouter Chuck Berry électrisait. Le voir était un festival, surtout lorsque, entre deux standards - de Sweet little sixteen  à Johnny B. good, en passant par Memphis Tennesse ou School days -, il sacrifiait à cette fameuse marche en canard qui l'avait fait surnommer "Crazy legs" . Le Beethoven du rock, que l'on avait fini par croire éternel, est mort la nuit dernière, chez lui, dans le Missouri. Il avait 90 ans. Tous ceux à qui il a transmis - et ils sont nombreux un peu partout dans le monde - son incroyable énergie n'en auront heureusement jamais fini de perpétuer sa musique. Roll over Chuck Berry!  D.P.

____

 

(*) que l'on peut réécouter en cliquant sur le lien au-dessus de la photo.

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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 17:21
François Boddaert (à gauche) au côté de Jean-Yves Debreuille, puis lors de la lecture publique avec le comédien Yannick Laurent (debout), avant que lauréat et jury ne se retrouvent dans leur restaurant lyonnais de prédilection. Photos D.P.
François Boddaert (à gauche) au côté de Jean-Yves Debreuille, puis lors de la lecture publique avec le comédien Yannick Laurent (debout), avant que lauréat et jury ne se retrouvent dans leur restaurant lyonnais de prédilection. Photos D.P.
François Boddaert (à gauche) au côté de Jean-Yves Debreuille, puis lors de la lecture publique avec le comédien Yannick Laurent (debout), avant que lauréat et jury ne se retrouvent dans leur restaurant lyonnais de prédilection. Photos D.P.
François Boddaert (à gauche) au côté de Jean-Yves Debreuille, puis lors de la lecture publique avec le comédien Yannick Laurent (debout), avant que lauréat et jury ne se retrouvent dans leur restaurant lyonnais de prédilection. Photos D.P.
François Boddaert (à gauche) au côté de Jean-Yves Debreuille, puis lors de la lecture publique avec le comédien Yannick Laurent (debout), avant que lauréat et jury ne se retrouvent dans leur restaurant lyonnais de prédilection. Photos D.P.

François Boddaert (à gauche) au côté de Jean-Yves Debreuille, puis lors de la lecture publique avec le comédien Yannick Laurent (debout), avant que lauréat et jury ne se retrouvent dans leur restaurant lyonnais de prédilection. Photos D.P.

Attribué, comme chaque année, en décembre dernier, le prix Roger-Kowalski 2016 - Grand Prix de poésie de la ville de Lyon a été remis hier, samedi 18 mars, lors du Printemps des Poètes, à la Bibliothèque de la Part-Dieu. Après l'intervention de Georges Képénékian, Premier adjoint délégué à la Culture et président du jury, le secrétaire Jean-Yves Debreuille a, au cours de sa brillante présentation, mis en perspective tout à la fois l'universalité et l'actualité de l'ouvrage sélectionné, Bataille de François Boddaert (éditions Tarabuste), en insistant particulièrement sur le travail du poète qui consiste, entre autres, à "intervenir violemment contre le nivellement par le récit". Une réussite que le public a pu aussitôt vérifier lors des lectures qui ont suivi, par l'auteur lui-même et par le comédien Yannick Laurent. D.P.

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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 22:17
Salut le Kopa!

   Il n'était pas seulement, comme on ne cesse de le répéter, "une légende du foot". Il était mieux que ça : une légende tout court. Même pour ceux qui ne s'intéressaient pas de très près au monde des stades, son nom, allégé de son "szewski", sonnait comme un trophée. Il y avait quelque chose d'immédiatement affectif dans ces deux syllabes-là. On prononçait Kopa, on entendait copain, ce mot qui fut à lui seul une formule magique pour toute une génération communiant à 17 heures devant le transistor branché sur Europe 1.

   Mais l'emblématique joueur de Reims n'était pas qu'une idole des jeunes, il était cette immense figure populaire qui prouvait qu'un fils d'immigré polonais pouvait jaillir triomphant de la mine. C'était un temps trop raisonnable. Les Trente Glorieuses se cherchaient des héros. Les années De Gaulle en noir et blanc avaient besoin de cet éclat de lumière, de cet élan collectif, de cette espérance en partage. Comme Jazy - un autre gars du Nord - ou comme Poulidor un peu plus tard - un autre Raymond -, il fit basculer le sport dans cet univers fabuleux de l'épopée derrière lequel les marchands se tenaient déjà en embuscade. Tous les gosses de l'époque rêvaient de chaussures ou de maillots estampillés du précieux sésame et, sur le quai d'une gare, le cœur des troufions embrassant leurs fiancées avant le départ pour l'Algérie s'offrait un ultime rebond de ballon d'or.

   L'ex-champion a définitivement raccroché hier à 85 ans. La magie a rendu l'antenne. SLK, salut le Kopa! D.P.

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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 11:38
Photos Gh., N., A. et D. Pobel
Photos Gh., N., A. et D. Pobel
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Photos Gh., N., A. et D. Pobel
Photos Gh., N., A. et D. Pobel
Photos Gh., N., A. et D. Pobel
Photos Gh., N., A. et D. Pobel
Photos Gh., N., A. et D. Pobel
Photos Gh., N., A. et D. Pobel
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Photos Gh., N., A. et D. Pobel
Photos Gh., N., A. et D. Pobel
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Photos Gh., N., A. et D. Pobel

Retrouver Berlin. Berlin, cette ville si souvent arpentée. Seul. Ou en famille (comme cette fois-ci). Et bien plus tôt avec les confrères au temps des reportages de l'avant et de l'après 9-novembre 1989. "Le Mur est toujours dans les têtes", entendions-nous alors répéter au fil de nos visites. Ou bien encore : "Il faudra une génération pour en effacer les traces". Les traces? Les voici. Un fragment de parpaings décorés par des artistes et qu'on a baptisé l'East side Gallery, là où des jeunes couples font des selfies devant Der Kuss, la fameuse image du baiser de Brejnev à Honecker, dernier dirigeant est-allemand. Une icone initialement saisie par le photographe Régis Bossu (le 5 octobre 1979) et peinte ensuite par l'adepte russe de street-art Dmitri Vrubel.

Donc, oui, retrouver Berlin. Berlin "arm aber sexy" (pauvre mais sexy, selon les mots de Klaus Wowereit, le précédent bourgmestre), Berlin tournée si librement vers l'avenir sans effacer les plaies des pires barbaries dont elle fut le cadre. Berlin où, pas très loin du site de Topographie des Terrors (pas la peine de traduire), aménagé dans l'ancien quartier de la Gestapo, bordé là encore par des vestiges du Mur, s'élève la Kaiser-Wilhelm-Gedächtniskirche, l'"église cassée" des bombardements alliés de 1945, au pied de laquelle s'entassent aujourd'hui les fleurs et les bougies en hommage aux victimes de l'attentat terroriste du Marché de Noël 2016.

   Flâner dans cette ville géante, urbaine et verte, qui fait la fête au cinéma en déroulant, en février, le tapis rouge de la Berlinade à Potsdamer Platz, si fière de ses buildings et de ses tours bâtis sur l'emplacement du no man's land qui sépara vingt-huit années durant l'Est de l'Ouest. Berlin où il fait bon bruncher devant les poêles à bois du Freischwimmer Insel en saluant les cygnes voguant dans l'anse du port fluvial d'Osthaven Spree et en parcourant le Tagespiegel qui publie le portrait du nouveau président allemand, le SPD Frank-Walter Steinmeyer successeur de Joachim Gauk.

   Berlin d'hier, Berlin d'hiver, Berlin de maintenant et de demain. Berlin en permanent chantier. Glisse le temps comme ces gosses qui jouent au foot sur le canal gelé. Un détour par Nikolaïviertel (le quartier Saint-Nicolas) où rien ne semble bouger. Ah! si : le restaurant Le Provençal - dont le patron était d'Apt - a fermé (il sera bientôt remplacé par une enseigne italienne, précise une affichette), mais la Georg BrÆu (la brasserie Georges, comme à Lyon) est toujours là avec ses promesses de bière, de schnaps et d'Eisbein, ce fameux jarret qui est l'une des spécialités de la cuisine locale et que l'on déguste aussi au Gambrinus, un peu plus au nord. S'offrir une pause à la Marienkirche (l'église Sainte-Marie à Mitte) à l'invitation de Luther debout sur son socle devant le porche. L'Île aux musées est à deux pas. Rien de tel pour se réchauffer qu'une halte "estivale" à l'Alte Nationale Galerie devant Im Sommer de Renoir (1864) ou Sommer tout court de Monet. Des collines bleues, des arbres fins que le vent incline, une femme en robe blanche assise dans l'herbe...

Dans quelques mois, ce sera tout près d'ici sur les pelouses du Berliner Dom (la cathédrale) que jeunes et moins jeunes viendront goûter à la douceur retrouvée de l'air, avant de gagner l'Alexander Platz plantée de sa Fernsehturm (l'arrogante tour de télévision que les autochtones appellent Die Spargel, l'asperge) lancée à 368 mètres au-dessus des relents de guerre froide par les Soviétiques entre 1965 et 69. Et puis marcher, marcher encore. Avenues et rues tant de fois parcourues. Karl-Marx Allee, Frankfurter Allee, Hackesche Höfe (les très commerçantes cours réhabilitées au lendemain de la partition), le vivier alternatif de Prenzlauer Berg qui se "boboïse", à l'instar désormais d'une bonne partie de la ville (il reste heureusement le quartier turc de Neukölln mais jusqu'à quand?) Franchir Checkpoint Charlie, jadis sinistre passage de la Friedrichstrasse entre les parties occidentales et orientales et où l'on a du mal à imager de nos jours les espions des romans de John Le Carré. Pousser jusqu'à Orianenburger Tor où le Tacheles, l'ex-squat culturel, n'est plus qu'une ruine vide depuis sa fermeture à l'automne 2012.

   Et comment bien sûr ne pas traverser la porte de Brandebourg, où les touristes se pressent comme aux beaux jours, pour aller mesurer la cohorte des visiteurs avides de découvrir la coupole du Bundestag voisine, pour flâner quelques instants dans Tiergarden (l'immense espace naturel à l'Ouest) ou pour jouer à se perdre dans le labyrinthe des 2711 blocs de béton de l'Holocaust Mahnmal (le mémorial aux juifs assassinés d'Europe), et cela avant un détour au Musée du Bauhaus alignant ses drôles de petits bâtiments blancs sur les rives du Landwerkanal?

Ne reste plus, en sortant de ce bel espace, qu'à suivre Nadja et Aurélia, deux habituées, le temps d'une pause déjeuner insolite à la Kantine du Rathaus de Kreutzberg où il est possible de s'offrir à moindre frais, du dixième étage de ce moderne Hôtel de Ville, une réconfortante vue panoramique. Presque aussi beau que du sommet de la Fernsehturm où nous nous hissâmes un jour, Bernard - compagnon de reportages - et moi pour admirer Berlin d'en haut. Là où, comme du balcon supérieur de la Siegessaüle (la colonne de la Victoire) proche, les ailes des anges de Wim Wenders bousculent sans trêve les diables du passé.  D.P.

 

 

 
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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 14:21
Dans "La Voix de l'Ain"
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Mes derniers billets parus dans l'hebdomadaire La Voix de l'Ain, du 23 décembre 2016 au 17 février. 

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 18:54
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On connaît tous la fameuse phrase de J.-F. Kennedy prononcée au balcon de l'hôtel de Ville de Schöneberg, à Berlin Ouest, le 26 juin 1963 : "Ich bin ein Berliner". Or, des voix moqueuses prétendent que le président américain aurait alors commis une erreur, la bonne formule étant, selon elles, "Ich bin Berliner". En rajoutant un "ein", il se serait bien malgré lui assimilé à un beignet, le délicieux "Berliner Pfannkuchen" abrégé en "Berliner". Une bourde historique? Pas si simple. Si certains persistent dans leur interprétation qui prête à sourire, d'éminents spécialistes de la langue allemande balaient, eux, toute ambiguïté. Reste une chose encore plus sûre dans cette affaire, c'est que le petit dessert fourré à la confiture (*) est un ravissement. Allez, Guten Appetit et n'en parlons plus! D.P.

__________

(*) La photo est prise à travers la fenêtre du "Freischwinner", un étonnant restaurant installé dans un ancien hangar à bateaux au bord d'un bras de la Spree ("Am Flut Graben"), à Kreutzberg. L'été, il y règne, paraît-il, une ambiance balnéaire. Mais le dimanche d'hiver vif où nous y brunchions, les deux poêles à bois n'étaient pas de trop.

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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 10:40
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Froid dans le dos à Dresde ces jours-ci. Et pas seulement à cause de l'hiver. À l'heure des commémorations du 67e anniversaire de la destruction de ce joyau de la Saxe par les bombardements alliés (13 et 14 février 1945) qui firent au moins 25 000 morts, les révisionnistes anti-islam de Pegida ne cessent de donner de la voix sous très haute surveillance policière. L'objet de leur courroux se focalise cette fois-ci autour d'une installation controversée du germano-syrien Manaf Halbouni. Ce que le jeune artiste, né à Damas en 1984 d'une mère allemande, a conçu sur la Neunmarktplatz, face à l'émouvante Frauenkirche reconstruite entre 1994 et 2005, n'est autre, sous la forme de trois bus dressés en l'air, que la réplique d'un gigantesque totem déjà érigé en barricades il y a deux ans à Alep. À travers une inscription supposée avoir été lue sur les colossaux supports métalliques exposés, les militants de Pegida dénoncent l'apologie d'une organisation terroriste islamiste, ce dont se défend le sculpteur.

 Séduits ou médusés par cette œuvre pour le moins imposante, les visiteurs, eux, n'en poursuivent pas moins leur flânerie, du château au très baroque Zwinger, cet ancien lieu de détente et de festivités des rois de Saxe, aujourd'hui transformé en musée. Ou en découvrant tout près de là - initiative également controversée -  l'hommage aux migrants morts en Méditerranée revêtant l'aspect d'un symbolique cimetière baptisé "Lampedusa 361" devant l'opéra Semper. Ne reste plus, après une éventuelle escale à la "Gemaldegalerie" pour admirer les Cranach, Rubens, Poussin , Rafael ou autres Canaletto, qu'à traverser l'Elbe, sur laquelle les fameux bateaux aux roues à aube sont à quai, afin de rejoindre, au-delà de l'hôtel Bellevue à l'enseigne non usurpée, une ville nouvelle ("Neustadt") qui n'est pas sans charmes, loin s'en faut, ne serait-ce que dans le coin des très ludiques "cours décorées" (le "Kunsthofpassage") et de cet excellent restaurant qu'est le "Planwirtschaf" de la Louisenstrasse. Guten Appetit! D.P.  

 

 

 

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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 22:56
L'étoile fictive de Pénélope

C'est une histoire à la Amélie Poulain que celle de cet éphémère fabuleux destin d'un petit restau de Bourges qui vient de se retrouver étoilé par erreur sur le site du guide Michelin. Oh! pas longtemps, quelques heures seulement mais suffisamment, en tout cas, pour que monte une savoureuse sauce médiatique. Quoi, "Le Bouche à oreilles", ce sympathique bar-brasserie qui affiche l'entrée et le plat du jour à 10 euros se voit honoré d'un macaron par le Bibendum? Il n'en fallait pas plus pour qu'une folle effervescence s'affiche au menu. Trop beau pour être vrai  ce scénario façon Jeunet.

Une simple affaire d'homonymie a suffi pour que les gourmets contrôleurs s'emmêlent les couteaux. Le relais gastronomique  réellement concerné arbore en effet la même enseigne mais à Boutervilliers dans l'Essonne. Avec un autre détail confondant : les deux établissements sont respectivement situés chemin et route de la Chapelle. Et attendez, il y a plus cocasse encore. La cuisinière du modeste rendez-vous du chef-lieu du Cher se prénomme Pénélope, ça ne s'invente pas. Mais pas de tambouille électorale avec elle. Aux dires des habitués qui apprécient ses casseroles, son emploi n'a vraiment rien de fictif. Chaud devant! D.P.

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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 21:21
Quand Fillon s'excuse d'être... honnête!

Une opération-"vérité" solennelle, pugnace et déterminée, quoique probablement trop tardive? Sans doute. Mais reste une question qui s'impose d'emblée. Pourquoi François Fillon a-t-il formulé hier des regrets dans une intervention sacrifiant essentiellement par ailleurs au ton de l'auto-satisfaction? À bien l'écouter, c'était un peu comme s'il s'excusait de n'avoir rien fait d'illégal, d'avoir été toujours réglo et, plus globalement - parce que ce n'était pas vraiment la modestie qui embarrassait le mari de cette "femme intelligente, diplômée, responsable"  qu'est Pénélope -, d'être le seul antidote à la Bérézina assurée en cas d'alternative.

   Il y avait dans ses propos, avant tout destinés à rassembler son propre camp, quelque chose qui rappelait par moments ce personnage d'un vieux sketch de Fernand Raynaud balbutiant "Je m'excuse de vous demander pardon". Et comment ne pas songer également, en dépit d'un ton moins arrogant - l'époque n'est plus la même -, au "démenti catégorique et j'ajoute méprisant"  de Giscard dans l'affaire des diamants sortie elle aussi, déjà, par Le Canard enchaîné?

   François Fillon ne s'est, en effet, pas contenté de répondre sèchement et même de s'opposer au parquet financier, il a également tancé en direct Médiapart et carrément donné des conseils d'enquêtes aux journalistes présents, lesquels ont d'ailleurs oublié, lacune fort regrettable, de l'interroger sur les soupçons d'emploi fictif à La Revue des deux mondes. Il faudra maintenant que le leader remis "debout" de la "nouvelle campagne qui commence"  nous explique ce paradoxe : comment peut-on, dans une situation grave, recourir à une conférence de presse quand on exprime avec autant d'insistance un rejet des représentants des médias "lyncheurs"?   D.P.   

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Texte Libre

Ces révolutions que

nous n'avons pas vu venir

   De retour à Bény, en ce bel hiver de givre, je relis cette carte postale que mon père garde, avec celles des étés précédents, sur le buffet de la cuisine. "Sous le ciel encore chaud de la Tunisie, nous pensons bien à toi. Ici, on ne se croirait pas à la veille de la Toussaint. À bientôt. On t'embrasse". Des mots tout simples, écrits comme toujours à la hâte, au moment de reprendre l'avion. 

   C'était à peine trois mois plus tôt. Du Cap Bon où nous faisions halte, nous avions effectué de cahotants trajets à travers le pays. Le Temple des eaux au pied du djebel Zaghouan. Le site romain de Dougga, pur poème de pierre, de vent et d'oliviers, où Abdallah, notre guide, nous avait imposé une visite pour le moins exhaustive. Les villages poussiéreux où la population s'ennuie sous les palmiers flétris. Les charrettes, les bourricots, les antiques mobylettes. La pauvreté, la dignité et, pensions-nous, la résignation.

     La résignation? Eh oui, même lorsqu'on est le témoin d'un régime sans ambiguïtés, il n'est pas toujours si simple de pressentir l'histoire en marche. Avec le recul, pourtant, il y avait eu des scènes éloquentes. Ces barrages de police un peu partout, justifiés alors par un enlèvement d'enfant. Ce jeune diplômé quêtant quelques dinars dans les majestueuses ruines de Thuburbo Majus et qui se cachait pour aborder les "nantis" que nous étions à ses yeux. Un feu couvait en lui, c'est sûr. Il n'aurait peut-être pas fallu grand-chose pour qu'il parle. Mais nous étions pressés, comme souvent.

     Et, disons-le aussi, la méfiance nous gagnait. Un soir, du côté de la cité viticole de Grombalia, un 4X4 aux vitres fumées avait rattrapé notre "Symbol" de location. Une impression se confirmait: nous étions suivis. Sans doute vaut-il mieux ne pas écrire "journaliste" à la rubrique "profession" sur les fiches de douanes à l'arrivée lorsque, quelques mois plus tôt, on a utilisé le mot "dictature" pour rendre compte de la dernière parodie de réélection présidentielle au palais de Carthage.

     Les touristes européens flânaient dans les souks. Les cornes de gazelles étaient sucrées, le vin gris de Mornag montait à la tête, octobre avait de superbes rousseurs de désert et la tiédeur des plages invitait à fermer à demi les yeux. Que voulez-vous, c'est comme ça: exportées sur place, les plus solides notions de droits de l'homme se dissolvent parfois dans le bleu de la mer...

     Pour notre part, nous aurions dû prêter davantage attention aux ardents regards noirs de toute une jeunesse rivés aux téléphones portables. La "génération Ben Ali dégage!" préparait, dans la retenue, le grand soir arabe. Le fantoche président de fer était encore omniprésent. Piètre sosie d'un acteur de série B aux cheveux teints, posant, la main sur le cœur à chaque coin de rue, dans chaque lieu public, à côté des pubs pour les biscuits "Tigato" et pour les firmes corrompues se partageant le gâteau.

     Et voilà. Maintenant nous sommes au début 2011. Dans l'odeur du jasmin et de la poudre, dans le bruit des youyous et des balles, la Tunisie a fait sa "Révolution Facebook". Bonheur de découvrir ces incroyables images à la télévision qui en rappellent d'autres. À Berlin non plus, nous n'avions rien vu venir en novembre 1989. Pas plus qu'à Bucarest le mois suivant. Pas plus qu'au Caire ces dernières semaines...

     Nous parlons de tout cela, ce soir, dans cette ferme de Bresse où, depuis plus de trois ans, mon père veille seul avec son chien et ses cartes postales. Celle-ci, un peu plus ancienne, a été postée de Louxor: "Le printemps égyptien est doux. De part et d'autre du Nil, des merveilles nous attendent. À bientôt. On t'embrasse". Tout à l'heure, il nous rappellera comment lui aussi a retrouvé un jour la liberté. C'était en janvier 1945. L'armée russe avançait. Les portes du stalag de Silésie où il venait de passer plus de cinq ans s'ouvraient. Il allait encore mettre plus de quatre mois pour traverser, à pied et la faim au ventre, un no man's land de charniers, de ruines et de spectres hagards.

     Mais ceci est une autre histoire, direz-vous. Bien sûr. N'empêche, la Liberté, d'où qu'elle vienne, d'où qu'elle revienne, est la même. Au Nord ou à l'Est hier. Au Sud aujourd'hui. Dans nos sursauts collectifs. Dans nos émois partagés. Par l'étroite fenêtre aussi, parfois, de nos petites perceptions occidentales. D.P.

(Cette chronique a été publiée

dans l'hebdomadaire "Voix de l'Ain",

n° 3433, semaine du 11 au 18 février 2011). 

  

La carte de la gloire,

le territoire de l'oubli

   Le triomphe de Michel Houellebecq nous réjouit. Nous fûmes suffisamment déçus par ses échecs au Goncourt en 1998, avec Les Particules élémentaires, et en 2005, avec La Possibilité d'une île, pour ne pas nous féliciter de sa victoire, lundi dernier, à la troisième "tentative". Et cela d'autant plus que La Carte et le territoire (Flammarion) est un roman, à la fois désenchanté et jubilatoire, qui s'inscrit à merveille dans l'air du temps de ce mois de novembre 2010 où, sous la résignation apparente, se profile une très énergique "extension du domaine de la lutte".
   Le lendemain du prix, nous écoutions l'"heureux"  lauréat, sur France Inter, exhorter les auditeurs à ne jamais baisser les bras. "Ne vous laissez pas emmerder, soyez libres!", clamait-il. Magnifique, Michel! comme dirait Drucker qui ne va sans doute pas tarder à programmer un"Vivement dimanche"  houellebecquien. Il faut dire que ce matin-là, le malicieux écrivain à la paupière lasse comme ses anoraks réussissait une sacrée performance. Il volait carrément la vedette au général de Gaulle dont on célébrait pourtant, un peu partout ailleurs, le quarantième anniversaire de la disparition. Et lorsque l'invité déclara un brin péremptoire: "On n'a pas de devoirs envers son pays, on est des individus, c'est tout!", on a bien cru entendre, en bruit de fond radiophonique, le héros de Colombey se retourner dans sa tombe, pour autant que sa gigantesque stature posthume le lui en laissait le loisir.
   Tant pis pour "l'homme du 18 juin", c'est celui du 8 novembre qui était ici à l'honneur! La gloire est ainsi faite. L'enthousiasme du moment peut balayer d'un insolent revers de manche de parka fripée la majestuosité d'un uniforme. Voilà bien à quoi nous songions en écoutant ce drôle de fan de Jean-Pierre Pernaud et de Julien Lepers nous rappeler que "la France est un hôtel, pas plus".
   Injustice? Affaire de circonstances, c'est tout, évitons les grands mots. D'ailleurs, s'il y en a un qui est déjà rompu aux fatals soubresauts de la renommée, c'est à l'évidence Michel Houellebecq lui-même. "C'est curieux comme les choses changent..." fait-il dire au père de son double, à la page 217 de son opus désormais ceint de la prestigieuse bande rouge. Oui, les choses changent vite et bien malin qui pourrait évaluer la durée du rayonnement de celui qui, il n'y a pas si longtemps encore, était conspué à l'unanimité, ou presque.
   Comment pouvait-on, dans un contexte analogue, ne pas penser, au moment de l'attribution du prix, à un lauréat précédent qui vient de disparaître dans une assez scandaleuse indifférence? Lorsqu'il fut sacré, en 1968, pour Les Fruits de l'hiver, lui aussi capta tous les regards. Lui aussi éclipsa momentanément de Gaulle, avant que la chienlit ne déferle. Lui aussi fit des déclarations brutes de décoffrage. Lui aussi pesta contre les travers de la société du moment. Lui aussi réhabilita l'âme des provinces et des bourgades. Lui aussi fut traité de populiste. Lui aussi aimait les chiens. Lui aussi lorgnait vers l'Irlande. Lui? Il s'appelait Bernard Clavel et il a signé plus de quatre-vingts ouvrages dévorés, loin des chapelles, sinon celles du Jura aux toits de pierre et de bois, par des millions de gens.
  Comprenons-nous bien: il ne s'agit pas de comparer les mérites respectifs du "dépressif" du Gâtinais et du bûcheron franc-comtois. Leurs oeuvres, pas plus que leurs démarches, leurs postures et leurs convictions - quoi que... - n'offrent de vraies similitudes. Qu'on nous permette simplement d'y mieux mesurer, parfois jusqu'au vertige, l'indécent grand écart auquel sont soumises, au fil des ans, ces notions floues que sont, en art, le goût et la reconnaissance, l'emballement et la postérité, le lâchage et la fidélité.
   Allez, terminons par une hypothèse. Et si, un de ces quatre, Michel Houellebecq rédigeait un vibrant éloge de Bernard Clavel? Dans La Carte et le territoire, il rend bien un hommage aussi inattendu sous sa plume que mérité pour l'intéressé, à un autre laissé-pour-compte de l'ingrat monde des Lettres: Jean-Louis Curtis (1917-1995). Curtis avait lui aussi obtenu le Goncourt. C'était en 1947 pour Les Forêts de la nuit. Ces forêts où il rôde aujourd'hui, si loin des splendeurs de chez Drouant, avec Clavel et tant d'autres, avant que l'histoire littéraire ne rende son jugement dernier. Au minimum dans un siècle ou deux, "particules élémentaires" comprises. D.P.
(Cette chronique a été publiée,

dans une version légèrement modifiée,

dans l'hebdomadaire "Voix du Jura",

n° 3452, semaine du 20 au 26 janvier 2011). 

 

Ferrat, Chabrol:

l'émotion consolatrice
   Drôles d'hommages, quand on y pense. Il y a quelques mois, la France, larme printanière à l'oeil et lyrisme aragonien aux lèvres, n'en finissait plus de saluer Jean Ferrat. La télévision nationale, on s'en souvient, n'hésita pas à retransmettre en direct les obsèques de l'"échappé"  ardéchois, un peu à la façon d'une étape de la "Grande boucle" dans un col cévenol. Et les foules bigarrées ne cessent, depuis, de se bousculer dans l'étroit cimetière basaltique, lors d'un fervent ballet qui ne manquerait pas d'agacer le discret compagnon des petites routes et des pensées rebelles.
   C'était en mars dernier, entre les deux tours d'une élection que les "bonnes gens"  boudèrent en une obstination inversement proportionnelle à celle qu'ils insufflèrent dans leur "au revoir" au chantre de La Montagne. Et voici donc qu'un semestre plus tard disparaît Claude Chabrol, sous un concert de louanges et face une émotion, certes pas tout à fait de la dimension de la précédente, mais néanmoins étonnante par son impact à la fois médiatique et intimiste.
   Holà, que se passe-t-il donc pour qu'un pays peu réputé pour aimer ses artistes - c'est un euphémisme - manifeste ainsi, coup sur coup, sa sympathie et son chagrin? Un tel engouement se justifie évidemment, au-delà de la force des couplets ou des films des deux créateurs, par la somme d'admiration et de proximité qu'ils inspiraient, chacun de son côté. Le premier par son insolente tendresse et ses engagements jamais feints. Le second par son observation espiègle et grinçante de la société. Mais sans doute faut-il voir également, dans ces effets conjugués de complicité populaire, des éléments d'ordre plus circonstantiels. L'interprète de Ma Môme et le cinéaste du Boucher, dans des registres répétons-le fort différents, n'en incarnaient pas moins l'un et l'autre, y compris sans doute jusque dans les propres limites de certaines de leurs oeuvres, une honnêteté, un goût du travail bien fait, un attachement à la mémoire et un indéfectible respect des individus. Autant de valeurs, faut-il le rappeler, qui font particulièrement défaut en une époque de cynisme roi, de politique dévoyée, de chasse aux minorités ethniques, de charters vrombissant d'indécence sur le tarmac glissant des campagnes électorales...
   Impossible de réécouter une chanson de Ferrat ou de se "repasser" un film de Chabrol sans s'imprégner des bénéfiques célébrations de la patience, de la malice, de la tolérance et de la liberté. Et puis, avons-le, nous ressentions une vraie consolation à les voir l'un et l'autre, moustache frémissante ou pipe en bouche, parler soupes d'autrefois, vins de terroir et pourfendre en se marrant "les cons qui n'arrêtent pas de voler et les autres de les regarder", cela en une époque où la fumée conviviale, le verre entre amis et l'humour décapant tombent sous le coup de la loi, alors que la "bêtise d'Etat" entache le pays du droit de Roms. 
   Entre "ombre faite humaine" et "oeil de Vichy", entre "amour cerise"  et adultères provinciales, Jean Ferrat et Claude Chabrol étaient tous deux, à leur manière, d'Antraigues à Sardent, d'éloquents refrains en travellings suggestifs, inscrits à l'inventaire de nos monuments historiques familiers. Continuons à nous précipiter pour la visite en groupes de leurs battements de coeur, de leurs ricanements, de leurs univers, de leur exemplarité. Alléluia et Moteur! D.P.

   

 La rentrée littéraire,

quelle vacherie!
 Elle est retrouvée. Quoi? La rentrée littéraire qui n'a, avouons-le, pas grand'chose à voir avec l'éternité rimbaldienne. Les libraires transpirent. Les attachées de presse s'enfièvrent. Les chroniqueurs frottent leurs lunettes et affûtent leur sens critique. Un peu partout on compte, on compare, on spécule. Au juste, 701 romans, dont 497 français, ça fait combien de plus, de moins ou de pile poil pareil que l'année dernière qui, elle-même, etc. Drôle de phénomène bien de chez nous que cette espèce de foire d'automne où l'on remplace les bestiaux par des bouquins et les viriles clameurs des enchères par des maquignonnages autour des prix. Palpez un peu cette Nothomb, vous m'en direz des nouvelles. Et le dernier fleuron de la race Houellebecq, visez-moi cette encolure. 
   S'il y en a une qui ne risque pas de s'offusquer de la métaphore bovine, c'est bien Claudie Gallay. La petite femme aux yeux bleu pervenche, propulsée directement de ses terreuses origines nord-iséroises aux "déferlantes" du succès, a écrit son nouvel opus, L'Amour est une île, (Actes Sud), dans sa bergerie du Charolais. Avec des broutards crème meuglant sous sa fenêtre. Avec un ciel pluvieux comme vache qui pisse. La-bas, du côté de La Clayette et de Semur, il y a les prés sans Saint-Germain. Et les éleveurs, qui tordent leurs casquettes à l'heure d'écorner leurs troupeaux, se fichent de l'embouche romanesque comme de la première litière de leur stabulation.
   Ils ne dévoreront ni Despentes, ni Forest, ni Volodine. Ni Linda Lê, ni Adam, ni Claudel. Et encore moins Breat Easton Ellis et J.M. Cootzee. Pas le temps. Propos un brin savants. Bref, un monde qui n'est pas le leur. Claudie, ce n'est pas pareil. Elle est presque d'ici. Elle cause comme l'ultime épicière du coin qui fait dépôt de pain et de journaux. Pas mince, le compliment.
    Cette fois-ci, c'est vrai, elle s'est embarquée du côté du festival d'Avignon l'année de la grève des intermittents. Evidemment, on s'en fiche un peu sur les rives de la Grosne, de la Guye ou du Grison. Mais sûr, la prochaine fois, elle parlera des gens du cru. A commencer, peut-être, par les habitants de Saint-Ythaire. Saint-Ythaire, c'est entre Bonnay et Curtil-sous-Burnand. 122 âmes en colère contre le projet d'implantation de cinq éoliennes. Un super sujet pour l'écrivain qu'on a même aperçue l'autre soir au "Vingt heures" de TF1.
    Les révoltés de Saint-Ythaire? A moins que ce ne soient les Don Quichotte de Bény. Bény, c'est au coeur de la Bresse, de l'autre côté de la Saône. Là, c'est contre la future Ligne à grande vitesse qu'on se mobilise à coups de calicots et de banderoles accrochés aux barrières des fermes et des villas avec, parfois, des slogans en patois: "LGV, to ka t'nallo!" ("LGV, tu n'as qu'à t'en aller"!).
   Des hélices géantes bientôt essaimées dans le paysage si cher jadis aux abbés de Cluny ou des trains fous écrasant prochainement l'AOC des célèbres volailles aux pattes bleues. Fichue alternative, quand on y pense. D'autant plus que, dans ce décor de pseudo-polar rural, on ne discerne pas la moindre librairie à l'horizon. Alors, dites, où c'est qu'on va les trouver, à Saint-Ythaire, à Bény ou ailleurs, les 701 titres annoncés? Houellebecq a raison: il convient de revoir de toute urgence "La carte et le territoire". Ah! quelle vacherie, par ici, la rentrée littéraire. (Fin août 2010). D.P.

 

Quelques nouvelles de par ici
 
 
    Je vais vous donner un peu des nouvelles de par ici. C'est où par ici? C'est chez moi. Enfin, je veux dire pas loin. A la rigueur juste à côté. Le décor, vous le connaissez. Il y a un village avec son clocher vaguement roman. Le presbytère transformé en gîte rural. L'épicerie où l'on vend des caramels pour les gosses et des asticots pour la pêche. Le calme règne jusqu'au milieu de l'après-midi. C'est à ce moment-là que les tracteurs ramènent les voitures de foin dans les fermes. Les travaux agricoles, cette année, quelle galère: on est passé directement de l'hiver du mois de mai à la canicule du solstice! Vers dix-huit heures, dix-huit heure trente, les gosses font des pirouettes à bécane et les ados, sur la placette, gloussent dans leurs téléphones portables sans jamais déclarer forfait. Ensuite, le boulodrome de fortune prend  doucement des allures de petit G20 provincial.
    Imperturbable, l'employé municipal arrose les fleurs. Ou ce qu'il en reste. Le week-end dernier, des dadais en goguette ont piétiné les terre-pleins. "Saloperie de désoeuvrés!" maugrée Jean en lisant l'entrefilet dans la chronique locale. Jean, c'est le facteur. Après sa tournée, il aime bien prendre un verre. Le seul café qui n'a pas encore baissé rideau aligne trois tables sur le trottoir. Les autres troquets ont tous fermé. Trop de travaux pour se mettre aux normes. En sirotant son panaché, le préposé s'attarde sur le journal du coin. Les décès, les mariages, les naissances, les accidents... Il lit aussi le billet, en haut à gauche de la page 2. Il y a même la photo du chroniqueur qui tient un bouquin dans ses mains. En regardant de près, on découvre le titre et l'auteur. C'est Après beaucoup d'années de Philippe Jaccottet.
    Jaccottet est un immense poète qui vit dans les parages. Mais personne ne le connaît vraiment. Jean s'en fiche. Lui, ce qu'il recherche dans son canard, ce sont les infos pratiques. Ou les échos du conseil municipal. L'annonce des fêtes d'été. Les vide-greniers des alentours. Mais à la Une, il y a cette photo. Un ministre et sa femme "dans la tourmente". Eric et Florence Woerth, ils s'appellent. Pierrot, le patron du café, qui vient faire un brin de causette à Jean, prononce ce nom à sa façon. Il dit "Voerte" et ça sonne un peu comme un hommage aux absinthes verlainiennes d'autrefois. "Tous pareils, hein, y'en a pas un pour racheter l'autre!". Jean, le regard rivé aux résultats du "Mondial" de foot et au classement général du Tour de France, ne répond rien. Ou alors il fait "hum hum" et bien malin qui pourrait comprendre si c'est une approbation ou l'inverse. 
  Rien ne bouge, ou presque. Il y a juste un soupçon d'électricité dans l'air. La grêle est annoncée pour le soir mais, c'est bien connu, "à la météo, ils se trompent tout le temps...". N'empêche, il faut hâter la fenaison. Demain à l'aube, les fourches hydrauliques des colossaux Renault ou John Deere payés à crédit planteront leurs dents dans ces rouleaux herbeux qui, au mitan des parcelles de la PAC, ressemblent aux chignons lavande des aïeules de ce "pays". Ce "pays" qui pleure et qui rit, qui meurt et qui vit. Ce "pays" qui attend les touristes. Ce "pays" en jachère où, dans les villas des lotissements en extension, Internet remplace désormais l'épicier qui faisait jadis sa tournée en klaxonnant à travers des hameaux pleins de vieux taiseux et de chiens tout en gueule. 
  Voilà, ça se passe par ici un jour brûlant de juillet. Plus tard, peut-être, je vous donnerai des nouvelles de par là-bas. C'est où par là-bas? C'est du côté de par ici. Si jamais, un de ces quatre, vous avez l'occasion, arrêtez vous quelques instants, on parlera un peu de Jaccottet. "Faites passer, disait la terre elle-même, ce matin-là, de sa voix qui n'en est pas une. Mais quoi encore? Quelle consigne?" (Juillet 2010). D.P.
 

    

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