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23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 21:58
"Le terrassier" d'Alfred Boucher (Musée des Beaux-Arts de Rennes).

"Le terrassier" d'Alfred Boucher (Musée des Beaux-Arts de Rennes).

Il aurait peut-être fallu nous prévenir. Nous adresser un signe, je ne sais pas moi, agiter un drapeau... Bref, qu'on puisse se préparer un peu. Parce que nous annoncer comme ça tout à trac - comme Marisol Touraine l'a fait hier - que vous savez pas quoi, eh bien je vous le dis tout net, "le trou de la sécu est derrière nous", avouez que faut pas être trop fragile pour encaisser ça. Le trou de la... Derrière nous? Dites, c'est une blague? Eh bien non, semble-t-il. Même qu'elle est très sérieuse, la ministre des Affaires sociales et de la santé. Avec des tas de chiffres qu'on n'a pas forcément compris, elle nous a expliqué que si c'est pas encore complètement bouché, c'est sûr que demain, il n'y aura plus de risque qu'on s'y fracasse. Badaboum, attention tenez la main des enfants!

Évidemment, dit comme ça, c'est plutôt une bonne nouvelle. Rien qu'à l'idée de bientôt revoir sa dentiste sans scrupule, y'a comme un parfum de fraise qui flotte dans l'automne naissant. Le problème, comment dire?, c'est que sans être très féru sur la question, on n'y croit qu'à moitié. Ou alors Hollande a raison quand il se fait, comme d'hab', fiche de sa figure en répétant : "Ça va mieux!". Vraiment, on ne sait plus à qui se fier. Et puis y'a pire encore. C'est qu'au fond - au fond, c'est le cas de le dire -, on l'aimait bien le trou de la sécu. "Aimer", ce n'est peut-être pas le mot, mais enfin quoi, on a tous plus moins toujours vécu avec. Et il n'y a rien de plus déstabilisant que d'apprendre la prochaine disparition d'un familier. Pour un peu, la déprime nous guetterait. Le trou noir, quoi. Surtout que, malgré les explications, ce ne sont pas les questions qui manquent. À commencer par celles-ci. Qu'est-ce qu'il va devenir le trou de la sécu quand il sera vraiment mort? Est-ce qu'on va l'enterrer? Et qui c'est qui va creuser le trou? D.P.

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21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 21:51
Retour à Grenoble
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Retour à Grenoble
Retour à Grenoble
Retour à Grenoble

Retour en images sur un beau moment de partage, avec les lecteurs amis et inconnus, vendredi dernier, 16 septembre, à la librairie Decitre de Grenoble. Avant ma participation, le lendemain, samedi 17, au grand rendez-vous "Place aux écrivain(e)s!" à Saint-Martin-d'Hères. Merci à ceux qui, ici ou là, ont fait le déplacement et aux organismes invitants. D.P.

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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 22:25
Dans "La Semaine du Roussillon" et dans "Les Affiches"
Dans "La Semaine du Roussillon" et dans "Les Affiches"

Sous la plume de Bernard Revel, une pertinente lecture de Maman aime danser dans "La semaine du Roussillon" (14-20 septembre) et, signé Jean-Louis Roux, ce bel article dans l'hebdomadaire "Les Affiches de Grenoble et du Dauphiné" du 9 septembre dernier.

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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 22:35
Dans "Voix de l'Ain"Dans "Voix de l'Ain"
Dans "Voix de l'Ain"Dans "Voix de l'Ain"
Dans "Voix de l'Ain"Dans "Voix de l'Ain"Dans "Voix de l'Ain"
Dans "Voix de l'Ain"Dans "Voix de l'Ain"Dans "Voix de l'Ain"

Beaucoup de retard dans mes récapitulatifs. Mais mon clin d'œil hebdomadaire dans Voix de l'Ain n'a pas pris de vacances. Retour, en dix billets, sur les deux derniers mois. D.P.

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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 22:32
Le passage de Monsieur Chic Corée

Il faudrait un Chaplin pour filmer ça. La tête d'ahuri de Kim Jong-un. Son sourire satisfait de grand méchant ouf qui ricane. Son improbable brushing bien dégagé derrière des oreilles sourdes au reste du monde. Il faudrait un Chaplin pour saisir cette figure. Le Chaplin du Dictateur. Celui qui fait danser dans ses mains une mappemonde de baudruche qui se convulse. Dans un autre plan, on verrait Ri Chun-hee.

Ri Chun-Machine, c'est quelque chose que comme la Catherine Langeais de KCTV, la télévision d'État de la Corée du Nord. Mais attention, une Catherine Langeais beaucoup plus inquiétante que la vraie, bien sûr. Hors du temps, imperturbable, comme conservée dans la naphtaline du dernier régime ubuesque de la planète, elle vante sans faille la gloire de l'apprenti sorcier grand benêt qui joue avec ses pétards au nez de l'Occident.

Des pétards? Oui, mais un peu particuliers. Le dernier, allumé hier matin - il était 9h30 à Pyongyang, 2h30 à Paris - a tout simplement dégagé une puissance de dix kilotonnes, plus fort encore que celui du 6 janvier dernier. Car Monsieur Un n'en est pas à son coup d'essai. Quand il s'ennuie, il tire. À chaque fois, la Terre tremble. Toujours, le G 20 s'agace. "Vilain Kim, Vilain!" Et puis voilà. On passe à autre chose. Normal, il y a tant de problèmes ici-bas.

Tenez, ne serait-ce que par chez nous, on ne sait plus où donner de la tête. Il y a en ce moment les primaires à préparer. Les primaires, c'est du lourd, ça. Et l'autre Charlot, avec la planète dans ses mains et sa gueule de Monsieur Chic Corée, c'est pour de rire, non? D.P.

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6 septembre 2016 2 06 /09 /septembre /2016 21:12
Le 16 septembre à Grenoble
Le 16 septembre à Grenoble
Le 16 septembre à Grenoble

Retour à Grenoble le 16 septembre pour une rencontre-signature à la librairie Decitre. Après le récit autobiographique Un beau soir l'avenir (La Passe du vent, 2014), je présenterai cette fois-ci mon premier roman dit "pour la jeunesse" - mais que les "grands" peuvent aussi lire - qui vient de sortir aux éditions Bulles de savon sous le titre Maman aime danser. Et cela quelques semaines avant que ne paraisse (ce sera le 5 octobre), à la même enseigne, un album pour les plus jeunes : Couleur cerise.

Et le lendemain, samedi 17 septembre, toujours au pied de montagnes iséroises qui me furent familières, je participerai à une Fête du livre, organisée par la médiathèque de Saint-Martin-d'Hères, en présence d'une cinquantaine d'écrivains. À partir de 14 heures, place de la Liberté. Qu'on se le dise.

https://www.saintmartindheres.fr

Enfin, signalons, pour les lecteurs de l'Ain, que je signerai également Maman aime danser et Couleur cerise à la librairie Montbarbon, à Bourg, le samedi après-midi 22 octobre. D.P.

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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 21:59
Anagrammacroniquement parlant

L'anagramme de Macron? Mon car.
Et l'anagramme de liberté? Berliet.

Et dire que certains parlent de fusée...

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 23:02
Michel Butor arborant sa célèbre salopette, chez lui à Lucinges, en Haute-Savoie, en novembre 2008. Photo Didier Pobel

Michel Butor arborant sa célèbre salopette, chez lui à Lucinges, en Haute-Savoie, en novembre 2008. Photo Didier Pobel

Sûr qu'il se serait marré dans sa barbe fleurie, le patriarche de Lucinges s'il avait pu lire hier le communiqué de la ministre de la Culture vantant comme il se doit en pareille circonstance funèbre ses mérites littéraires. Si dans dans ces quelques lignes au ton fatalement convenu, on qualifiait le disparu d'"écrivain inclassable, compagnon d'aventure du Nouveau Roman, d'Alain Robbe-Grillet, de Nathalie Sarraute ou de Claude Simon", il y était aussi question de son plus célèbre roman, La Consolidation. Le problème, c'est qu'aucun livre de Michel Butor - puisque c'est de lui qu'il s'agit - ne porte ce titre et qu'on a tout simplement déformé, en haut lieu, La Modification qui valut à son auteur le prix Renaudot 1957. Bon, évidemment, ça fait à nouveau désordre venant d'une instance que l'on savait déjà fâchée avec l'œuvre de Modiano et, même si les propos de 8h09 ont été rapidement... modifiés, les réseaux sociaux n'ont pas manqué de s'adonner aussitôt à leur grand sport facebookien favori : le ricanement.

Butor, lui, adepte de collages et de fantaisie graphique, aurait sans doute été moins cruel. C'est même un gag dont on l'aurait bien vu émailler l'un de ses quelques... 1800 ouvrages. Non, au fond, ce qui aurait peut-être fait le plus de peine à celui qui fut aussi longtemps professeur, c'est de se faire coiffer sur le podium des nécrologies du mois d'août par la styliste Sonia Rykel, de trois ans sa cadette. Car là, c'est sans appel, il a dû s'incliner. La littérature et la poésie ne pèsent pas lourd, on a pu le vérifier lors des journaux télévisés, face à une grande figure de la mode.

Très injuste, pourtant, quand on y pense. D'autant plus que Michel Butor fut lui aussi un styliste. Dans son domaine expressif bien sûr. Mais également dans son port vestimentaire. Il avait, en effet, imposé la salopette. Noire, si possible. Et souvent taillée sur mesure par sa femme Marie-Jo. Pour des raisons plus nobles évidemment, mais aussi un peu pour cette marque de fabrique-là, l'homme au "butorkini", parti à quelques jours de ses 90 ans, va sacrément nous manquer... D.P.

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 14:56
Photos G.A et D.P.
Photos G.A et D.P.
Photos G.A et D.P.
Photos G.A et D.P.
Photos G.A et D.P.

Photos G.A et D.P.

Michel Butor nous avait reçus, mon collègue Guy Abonnenc et moi, en novembre 2008, chez lui, à Lucinges, près d'Annemasse, dans sa maison baptisée "À l'écart". Aussi sympathique que malicieux, il avait répondu à nos questions. Son épouse n'était pas encore décédée et à lui, il restait huit années à vivre. Confronté à la question fatidique "Combien de livres avez-vous écrit", le graphomane voyageur avait feint une rapide évaluation, avant de conclure : "À ce jour, on doit être à 1700". Cette rencontre avait donné lieu à une dernière page du Dauphiné Libéré du 13 décembre. Voici la fin de ce reportage : "La nuit tombe sur Lucinges. Un téléphone portable sonne dans une pièce en bas. Pas celui de notre hôte. Il n’en a pas. L’ordinateur lui suffit. Pour le travail, jamais pour le courrier. Il envoie beaucoup de lettres avec des beaux timbres et il aime en recevoir autant. De quoi se préserver un peu du vacarme des nouvelles technologies. “Y' a un bruit informatique énorme. On croit que l'information circule mieux, mais ce n’est pas vrai”. À son retour du Portugal [il nous avait parlé l'instant d'avant de ce nouveau départ programmé], il se remettra pourtant au clavier. Au-dessus de sa tête, trône un globe. “C’est comme ça, j'aime bien parcourir le monde. Mais j'ai promis à Marie-Jo, ma femme : cet hiver on ne bougera pas de Lucinges". Même pas pour parcourir le massif des Voirons qui domine la maison. Oban, le chien fidèle qui l’entraînait sur les sentiers, vient de mourir. Une ombre passe sur le visage du maître. Il est l’heure de reprendre la route. Et de laisser, à nouveau, Michel Butor à l’écart". D.P.

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21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 23:51
Sur les six premières photos : Jean-Pierre Siméon avec Christian Schiaretti ; le départ de la randonnée "Traversière" du dernier jour ; à l'écoute du groupe "Loin des villes" ; Jean-François Manier et Elsa Pallot ("Le Poussin") à l'heure des remerciements juste avant le pot de clôture. Les huit images suivantes se rapportent à notre visite à l'atelier d'édition de Cheyne, à Devesset, en Ardèche, avec Jean-François, le maître des lieux. Photos Didier Pobel
Sur les six premières photos : Jean-Pierre Siméon avec Christian Schiaretti ; le départ de la randonnée "Traversière" du dernier jour ; à l'écoute du groupe "Loin des villes" ; Jean-François Manier et Elsa Pallot ("Le Poussin") à l'heure des remerciements juste avant le pot de clôture. Les huit images suivantes se rapportent à notre visite à l'atelier d'édition de Cheyne, à Devesset, en Ardèche, avec Jean-François, le maître des lieux. Photos Didier Pobel
Sur les six premières photos : Jean-Pierre Siméon avec Christian Schiaretti ; le départ de la randonnée "Traversière" du dernier jour ; à l'écoute du groupe "Loin des villes" ; Jean-François Manier et Elsa Pallot ("Le Poussin") à l'heure des remerciements juste avant le pot de clôture. Les huit images suivantes se rapportent à notre visite à l'atelier d'édition de Cheyne, à Devesset, en Ardèche, avec Jean-François, le maître des lieux. Photos Didier Pobel
Sur les six premières photos : Jean-Pierre Siméon avec Christian Schiaretti ; le départ de la randonnée "Traversière" du dernier jour ; à l'écoute du groupe "Loin des villes" ; Jean-François Manier et Elsa Pallot ("Le Poussin") à l'heure des remerciements juste avant le pot de clôture. Les huit images suivantes se rapportent à notre visite à l'atelier d'édition de Cheyne, à Devesset, en Ardèche, avec Jean-François, le maître des lieux. Photos Didier Pobel
Sur les six premières photos : Jean-Pierre Siméon avec Christian Schiaretti ; le départ de la randonnée "Traversière" du dernier jour ; à l'écoute du groupe "Loin des villes" ; Jean-François Manier et Elsa Pallot ("Le Poussin") à l'heure des remerciements juste avant le pot de clôture. Les huit images suivantes se rapportent à notre visite à l'atelier d'édition de Cheyne, à Devesset, en Ardèche, avec Jean-François, le maître des lieux. Photos Didier Pobel
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Sur les six premières photos : Jean-Pierre Siméon avec Christian Schiaretti ; le départ de la randonnée "Traversière" du dernier jour ; à l'écoute du groupe "Loin des villes" ; Jean-François Manier et Elsa Pallot ("Le Poussin") à l'heure des remerciements juste avant le pot de clôture. Les huit images suivantes se rapportent à notre visite à l'atelier d'édition de Cheyne, à Devesset, en Ardèche, avec Jean-François, le maître des lieux. Photos Didier Pobel
Sur les six premières photos : Jean-Pierre Siméon avec Christian Schiaretti ; le départ de la randonnée "Traversière" du dernier jour ; à l'écoute du groupe "Loin des villes" ; Jean-François Manier et Elsa Pallot ("Le Poussin") à l'heure des remerciements juste avant le pot de clôture. Les huit images suivantes se rapportent à notre visite à l'atelier d'édition de Cheyne, à Devesset, en Ardèche, avec Jean-François, le maître des lieux. Photos Didier Pobel
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Sur les six premières photos : Jean-Pierre Siméon avec Christian Schiaretti ; le départ de la randonnée "Traversière" du dernier jour ; à l'écoute du groupe "Loin des villes" ; Jean-François Manier et Elsa Pallot ("Le Poussin") à l'heure des remerciements juste avant le pot de clôture. Les huit images suivantes se rapportent à notre visite à l'atelier d'édition de Cheyne, à Devesset, en Ardèche, avec Jean-François, le maître des lieux. Photos Didier Pobel

Dimanche 21 août, tard le soir.

Ainsi donc le rideau est retombé sur ces 25e "Lectures sous l'Arbre" du Chambon-sur-Lignon. Le mot "rideau" est de circonstance : il fut en effet question de théâtre en ce dernier jour avec, en ouverture des réjouissances, un dialogue entre Jean-Pierre Siméon et Christian Schiaretti, le directeur du TNP de Villeurbanne. "Je suis hanté par l'esprit public", a notamment clamé le successeur de Planchon avant de conclure par un vibrant et très direct hymne aux comédiens : "Y'en a ras le cul de la création et vive l'interprétation!". Pour apaiser les esprits, rien de tel ensuite qu'une de ces randonnées telles qu'elles existent depuis l'origine, ou presque, de la manifestation estivale du Vivarais-Lignon. Celle-ci, baptisée "Traversière", emmenait son petit monde en Ardèche, sur les pas d'un guide nommé Jean-François Manier (mais d'autres sorties furent plus ludique, sinon nocturne - avec David Dumortier - ou ... astronomique).

L'Ardèche où est désormais installée "l'usine à livres" de Cheyne. En contre-haut du lac de Devesset, ce bâtiment rouge de cinquante mètres sur six, qui accueillit jadis une colonie de vacances puis une fabrique de stores, mérite bien aujourd'hui son surnom de "Bateau". À l'intérieur, on admire les "bécanes", on soupèse du regard les caractères de plomb, on respire le parfum de l'encre et du papier. Impressionnant!, impossible d'échapper à l'épithète. Sur l'esplanade, on salue à l'ouest le Mézenc, à l'est le village de Rochepaule à travers la trouée dans les sapins du bois de Chaumerette et l'on n'a pas de mal à imaginer, au-delà, le mont Blanc qui, par temps clair, irradie.

Voilà. Et il y aurait évidemment des dizaines d'autres impressions à rapporter d'une trop courte plongée dans ce petit Avignon des hauts plateaux. Des impressions, des images, des sons. Les voix des invités des petits-déjeuners au café des "Mélèzes" (avec Paul Laborde, Laetitia Cuvelier, Danielle Bassez, Mariette Navarro...). Celles d'Emmanuel Échivard et de Jean-Marie Barnaud évoquant Quignard et Jaccottet. L'enthousiasme des stagiaires d'Hervé Pierre dévoilant le produit de leurs cogitations. L'énergie d'Elsa, l'infatigable cheville ouvrière de cette semaine écoulée (mais nous n'y fûmes que trois jours), la discrète efficacité de la multitude de bénévoles. Sans oublier - et qu'on nous pardonne ce clin d'œil plus intimiste - la gentillesse d'Aline au gîte de "La Vigne"... Et puis cet instantané encore : l'image d'une femme qui danse dans le pré en écoutant le concert du groupe "Loin des villes" - un nom de circonstance - , à quelques minutes du verre de clôture.

Allez, terminons par quelques chiffres. Ils sont éloquents. Les toutes premières "Lectures sous l'arbre" avaient rassemblé 180 personnes. Celles de 2015, 5000, affluence à laquelle il faudra vraisemblablement ajouter cette fois-ci un supplément de 30%. Étonnant non?, comme disait l'autre.

Didier Pobel.
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Texte Libre

Ces révolutions que

nous n'avons pas vu venir

   De retour à Bény, en ce bel hiver de givre, je relis cette carte postale que mon père garde, avec celles des étés précédents, sur le buffet de la cuisine. "Sous le ciel encore chaud de la Tunisie, nous pensons bien à toi. Ici, on ne se croirait pas à la veille de la Toussaint. À bientôt. On t'embrasse". Des mots tout simples, écrits comme toujours à la hâte, au moment de reprendre l'avion. 

   C'était à peine trois mois plus tôt. Du Cap Bon où nous faisions halte, nous avions effectué de cahotants trajets à travers le pays. Le Temple des eaux au pied du djebel Zaghouan. Le site romain de Dougga, pur poème de pierre, de vent et d'oliviers, où Abdallah, notre guide, nous avait imposé une visite pour le moins exhaustive. Les villages poussiéreux où la population s'ennuie sous les palmiers flétris. Les charrettes, les bourricots, les antiques mobylettes. La pauvreté, la dignité et, pensions-nous, la résignation.

     La résignation? Eh oui, même lorsqu'on est le témoin d'un régime sans ambiguïtés, il n'est pas toujours si simple de pressentir l'histoire en marche. Avec le recul, pourtant, il y avait eu des scènes éloquentes. Ces barrages de police un peu partout, justifiés alors par un enlèvement d'enfant. Ce jeune diplômé quêtant quelques dinars dans les majestueuses ruines de Thuburbo Majus et qui se cachait pour aborder les "nantis" que nous étions à ses yeux. Un feu couvait en lui, c'est sûr. Il n'aurait peut-être pas fallu grand-chose pour qu'il parle. Mais nous étions pressés, comme souvent.

     Et, disons-le aussi, la méfiance nous gagnait. Un soir, du côté de la cité viticole de Grombalia, un 4X4 aux vitres fumées avait rattrapé notre "Symbol" de location. Une impression se confirmait: nous étions suivis. Sans doute vaut-il mieux ne pas écrire "journaliste" à la rubrique "profession" sur les fiches de douanes à l'arrivée lorsque, quelques mois plus tôt, on a utilisé le mot "dictature" pour rendre compte de la dernière parodie de réélection présidentielle au palais de Carthage.

     Les touristes européens flânaient dans les souks. Les cornes de gazelles étaient sucrées, le vin gris de Mornag montait à la tête, octobre avait de superbes rousseurs de désert et la tiédeur des plages invitait à fermer à demi les yeux. Que voulez-vous, c'est comme ça: exportées sur place, les plus solides notions de droits de l'homme se dissolvent parfois dans le bleu de la mer...

     Pour notre part, nous aurions dû prêter davantage attention aux ardents regards noirs de toute une jeunesse rivés aux téléphones portables. La "génération Ben Ali dégage!" préparait, dans la retenue, le grand soir arabe. Le fantoche président de fer était encore omniprésent. Piètre sosie d'un acteur de série B aux cheveux teints, posant, la main sur le cœur à chaque coin de rue, dans chaque lieu public, à côté des pubs pour les biscuits "Tigato" et pour les firmes corrompues se partageant le gâteau.

     Et voilà. Maintenant nous sommes au début 2011. Dans l'odeur du jasmin et de la poudre, dans le bruit des youyous et des balles, la Tunisie a fait sa "Révolution Facebook". Bonheur de découvrir ces incroyables images à la télévision qui en rappellent d'autres. À Berlin non plus, nous n'avions rien vu venir en novembre 1989. Pas plus qu'à Bucarest le mois suivant. Pas plus qu'au Caire ces dernières semaines...

     Nous parlons de tout cela, ce soir, dans cette ferme de Bresse où, depuis plus de trois ans, mon père veille seul avec son chien et ses cartes postales. Celle-ci, un peu plus ancienne, a été postée de Louxor: "Le printemps égyptien est doux. De part et d'autre du Nil, des merveilles nous attendent. À bientôt. On t'embrasse". Tout à l'heure, il nous rappellera comment lui aussi a retrouvé un jour la liberté. C'était en janvier 1945. L'armée russe avançait. Les portes du stalag de Silésie où il venait de passer plus de cinq ans s'ouvraient. Il allait encore mettre plus de quatre mois pour traverser, à pied et la faim au ventre, un no man's land de charniers, de ruines et de spectres hagards.

     Mais ceci est une autre histoire, direz-vous. Bien sûr. N'empêche, la Liberté, d'où qu'elle vienne, d'où qu'elle revienne, est la même. Au Nord ou à l'Est hier. Au Sud aujourd'hui. Dans nos sursauts collectifs. Dans nos émois partagés. Par l'étroite fenêtre aussi, parfois, de nos petites perceptions occidentales. D.P.

(Cette chronique a été publiée

dans l'hebdomadaire "Voix de l'Ain",

n° 3433, semaine du 11 au 18 février 2011). 

  

La carte de la gloire,

le territoire de l'oubli

   Le triomphe de Michel Houellebecq nous réjouit. Nous fûmes suffisamment déçus par ses échecs au Goncourt en 1998, avec Les Particules élémentaires, et en 2005, avec La Possibilité d'une île, pour ne pas nous féliciter de sa victoire, lundi dernier, à la troisième "tentative". Et cela d'autant plus que La Carte et le territoire (Flammarion) est un roman, à la fois désenchanté et jubilatoire, qui s'inscrit à merveille dans l'air du temps de ce mois de novembre 2010 où, sous la résignation apparente, se profile une très énergique "extension du domaine de la lutte".
   Le lendemain du prix, nous écoutions l'"heureux"  lauréat, sur France Inter, exhorter les auditeurs à ne jamais baisser les bras. "Ne vous laissez pas emmerder, soyez libres!", clamait-il. Magnifique, Michel! comme dirait Drucker qui ne va sans doute pas tarder à programmer un"Vivement dimanche"  houellebecquien. Il faut dire que ce matin-là, le malicieux écrivain à la paupière lasse comme ses anoraks réussissait une sacrée performance. Il volait carrément la vedette au général de Gaulle dont on célébrait pourtant, un peu partout ailleurs, le quarantième anniversaire de la disparition. Et lorsque l'invité déclara un brin péremptoire: "On n'a pas de devoirs envers son pays, on est des individus, c'est tout!", on a bien cru entendre, en bruit de fond radiophonique, le héros de Colombey se retourner dans sa tombe, pour autant que sa gigantesque stature posthume le lui en laissait le loisir.
   Tant pis pour "l'homme du 18 juin", c'est celui du 8 novembre qui était ici à l'honneur! La gloire est ainsi faite. L'enthousiasme du moment peut balayer d'un insolent revers de manche de parka fripée la majestuosité d'un uniforme. Voilà bien à quoi nous songions en écoutant ce drôle de fan de Jean-Pierre Pernaud et de Julien Lepers nous rappeler que "la France est un hôtel, pas plus".
   Injustice? Affaire de circonstances, c'est tout, évitons les grands mots. D'ailleurs, s'il y en a un qui est déjà rompu aux fatals soubresauts de la renommée, c'est à l'évidence Michel Houellebecq lui-même. "C'est curieux comme les choses changent..." fait-il dire au père de son double, à la page 217 de son opus désormais ceint de la prestigieuse bande rouge. Oui, les choses changent vite et bien malin qui pourrait évaluer la durée du rayonnement de celui qui, il n'y a pas si longtemps encore, était conspué à l'unanimité, ou presque.
   Comment pouvait-on, dans un contexte analogue, ne pas penser, au moment de l'attribution du prix, à un lauréat précédent qui vient de disparaître dans une assez scandaleuse indifférence? Lorsqu'il fut sacré, en 1968, pour Les Fruits de l'hiver, lui aussi capta tous les regards. Lui aussi éclipsa momentanément de Gaulle, avant que la chienlit ne déferle. Lui aussi fit des déclarations brutes de décoffrage. Lui aussi pesta contre les travers de la société du moment. Lui aussi réhabilita l'âme des provinces et des bourgades. Lui aussi fut traité de populiste. Lui aussi aimait les chiens. Lui aussi lorgnait vers l'Irlande. Lui? Il s'appelait Bernard Clavel et il a signé plus de quatre-vingts ouvrages dévorés, loin des chapelles, sinon celles du Jura aux toits de pierre et de bois, par des millions de gens.
  Comprenons-nous bien: il ne s'agit pas de comparer les mérites respectifs du "dépressif" du Gâtinais et du bûcheron franc-comtois. Leurs oeuvres, pas plus que leurs démarches, leurs postures et leurs convictions - quoi que... - n'offrent de vraies similitudes. Qu'on nous permette simplement d'y mieux mesurer, parfois jusqu'au vertige, l'indécent grand écart auquel sont soumises, au fil des ans, ces notions floues que sont, en art, le goût et la reconnaissance, l'emballement et la postérité, le lâchage et la fidélité.
   Allez, terminons par une hypothèse. Et si, un de ces quatre, Michel Houellebecq rédigeait un vibrant éloge de Bernard Clavel? Dans La Carte et le territoire, il rend bien un hommage aussi inattendu sous sa plume que mérité pour l'intéressé, à un autre laissé-pour-compte de l'ingrat monde des Lettres: Jean-Louis Curtis (1917-1995). Curtis avait lui aussi obtenu le Goncourt. C'était en 1947 pour Les Forêts de la nuit. Ces forêts où il rôde aujourd'hui, si loin des splendeurs de chez Drouant, avec Clavel et tant d'autres, avant que l'histoire littéraire ne rende son jugement dernier. Au minimum dans un siècle ou deux, "particules élémentaires" comprises. D.P.
(Cette chronique a été publiée,

dans une version légèrement modifiée,

dans l'hebdomadaire "Voix du Jura",

n° 3452, semaine du 20 au 26 janvier 2011). 

 

Ferrat, Chabrol:

l'émotion consolatrice
   Drôles d'hommages, quand on y pense. Il y a quelques mois, la France, larme printanière à l'oeil et lyrisme aragonien aux lèvres, n'en finissait plus de saluer Jean Ferrat. La télévision nationale, on s'en souvient, n'hésita pas à retransmettre en direct les obsèques de l'"échappé"  ardéchois, un peu à la façon d'une étape de la "Grande boucle" dans un col cévenol. Et les foules bigarrées ne cessent, depuis, de se bousculer dans l'étroit cimetière basaltique, lors d'un fervent ballet qui ne manquerait pas d'agacer le discret compagnon des petites routes et des pensées rebelles.
   C'était en mars dernier, entre les deux tours d'une élection que les "bonnes gens"  boudèrent en une obstination inversement proportionnelle à celle qu'ils insufflèrent dans leur "au revoir" au chantre de La Montagne. Et voici donc qu'un semestre plus tard disparaît Claude Chabrol, sous un concert de louanges et face une émotion, certes pas tout à fait de la dimension de la précédente, mais néanmoins étonnante par son impact à la fois médiatique et intimiste.
   Holà, que se passe-t-il donc pour qu'un pays peu réputé pour aimer ses artistes - c'est un euphémisme - manifeste ainsi, coup sur coup, sa sympathie et son chagrin? Un tel engouement se justifie évidemment, au-delà de la force des couplets ou des films des deux créateurs, par la somme d'admiration et de proximité qu'ils inspiraient, chacun de son côté. Le premier par son insolente tendresse et ses engagements jamais feints. Le second par son observation espiègle et grinçante de la société. Mais sans doute faut-il voir également, dans ces effets conjugués de complicité populaire, des éléments d'ordre plus circonstantiels. L'interprète de Ma Môme et le cinéaste du Boucher, dans des registres répétons-le fort différents, n'en incarnaient pas moins l'un et l'autre, y compris sans doute jusque dans les propres limites de certaines de leurs oeuvres, une honnêteté, un goût du travail bien fait, un attachement à la mémoire et un indéfectible respect des individus. Autant de valeurs, faut-il le rappeler, qui font particulièrement défaut en une époque de cynisme roi, de politique dévoyée, de chasse aux minorités ethniques, de charters vrombissant d'indécence sur le tarmac glissant des campagnes électorales...
   Impossible de réécouter une chanson de Ferrat ou de se "repasser" un film de Chabrol sans s'imprégner des bénéfiques célébrations de la patience, de la malice, de la tolérance et de la liberté. Et puis, avons-le, nous ressentions une vraie consolation à les voir l'un et l'autre, moustache frémissante ou pipe en bouche, parler soupes d'autrefois, vins de terroir et pourfendre en se marrant "les cons qui n'arrêtent pas de voler et les autres de les regarder", cela en une époque où la fumée conviviale, le verre entre amis et l'humour décapant tombent sous le coup de la loi, alors que la "bêtise d'Etat" entache le pays du droit de Roms. 
   Entre "ombre faite humaine" et "oeil de Vichy", entre "amour cerise"  et adultères provinciales, Jean Ferrat et Claude Chabrol étaient tous deux, à leur manière, d'Antraigues à Sardent, d'éloquents refrains en travellings suggestifs, inscrits à l'inventaire de nos monuments historiques familiers. Continuons à nous précipiter pour la visite en groupes de leurs battements de coeur, de leurs ricanements, de leurs univers, de leur exemplarité. Alléluia et Moteur! D.P.

   

 La rentrée littéraire,

quelle vacherie!
 Elle est retrouvée. Quoi? La rentrée littéraire qui n'a, avouons-le, pas grand'chose à voir avec l'éternité rimbaldienne. Les libraires transpirent. Les attachées de presse s'enfièvrent. Les chroniqueurs frottent leurs lunettes et affûtent leur sens critique. Un peu partout on compte, on compare, on spécule. Au juste, 701 romans, dont 497 français, ça fait combien de plus, de moins ou de pile poil pareil que l'année dernière qui, elle-même, etc. Drôle de phénomène bien de chez nous que cette espèce de foire d'automne où l'on remplace les bestiaux par des bouquins et les viriles clameurs des enchères par des maquignonnages autour des prix. Palpez un peu cette Nothomb, vous m'en direz des nouvelles. Et le dernier fleuron de la race Houellebecq, visez-moi cette encolure. 
   S'il y en a une qui ne risque pas de s'offusquer de la métaphore bovine, c'est bien Claudie Gallay. La petite femme aux yeux bleu pervenche, propulsée directement de ses terreuses origines nord-iséroises aux "déferlantes" du succès, a écrit son nouvel opus, L'Amour est une île, (Actes Sud), dans sa bergerie du Charolais. Avec des broutards crème meuglant sous sa fenêtre. Avec un ciel pluvieux comme vache qui pisse. La-bas, du côté de La Clayette et de Semur, il y a les prés sans Saint-Germain. Et les éleveurs, qui tordent leurs casquettes à l'heure d'écorner leurs troupeaux, se fichent de l'embouche romanesque comme de la première litière de leur stabulation.
   Ils ne dévoreront ni Despentes, ni Forest, ni Volodine. Ni Linda Lê, ni Adam, ni Claudel. Et encore moins Breat Easton Ellis et J.M. Cootzee. Pas le temps. Propos un brin savants. Bref, un monde qui n'est pas le leur. Claudie, ce n'est pas pareil. Elle est presque d'ici. Elle cause comme l'ultime épicière du coin qui fait dépôt de pain et de journaux. Pas mince, le compliment.
    Cette fois-ci, c'est vrai, elle s'est embarquée du côté du festival d'Avignon l'année de la grève des intermittents. Evidemment, on s'en fiche un peu sur les rives de la Grosne, de la Guye ou du Grison. Mais sûr, la prochaine fois, elle parlera des gens du cru. A commencer, peut-être, par les habitants de Saint-Ythaire. Saint-Ythaire, c'est entre Bonnay et Curtil-sous-Burnand. 122 âmes en colère contre le projet d'implantation de cinq éoliennes. Un super sujet pour l'écrivain qu'on a même aperçue l'autre soir au "Vingt heures" de TF1.
    Les révoltés de Saint-Ythaire? A moins que ce ne soient les Don Quichotte de Bény. Bény, c'est au coeur de la Bresse, de l'autre côté de la Saône. Là, c'est contre la future Ligne à grande vitesse qu'on se mobilise à coups de calicots et de banderoles accrochés aux barrières des fermes et des villas avec, parfois, des slogans en patois: "LGV, to ka t'nallo!" ("LGV, tu n'as qu'à t'en aller"!).
   Des hélices géantes bientôt essaimées dans le paysage si cher jadis aux abbés de Cluny ou des trains fous écrasant prochainement l'AOC des célèbres volailles aux pattes bleues. Fichue alternative, quand on y pense. D'autant plus que, dans ce décor de pseudo-polar rural, on ne discerne pas la moindre librairie à l'horizon. Alors, dites, où c'est qu'on va les trouver, à Saint-Ythaire, à Bény ou ailleurs, les 701 titres annoncés? Houellebecq a raison: il convient de revoir de toute urgence "La carte et le territoire". Ah! quelle vacherie, par ici, la rentrée littéraire. (Fin août 2010). D.P.

 

Quelques nouvelles de par ici
 
 
    Je vais vous donner un peu des nouvelles de par ici. C'est où par ici? C'est chez moi. Enfin, je veux dire pas loin. A la rigueur juste à côté. Le décor, vous le connaissez. Il y a un village avec son clocher vaguement roman. Le presbytère transformé en gîte rural. L'épicerie où l'on vend des caramels pour les gosses et des asticots pour la pêche. Le calme règne jusqu'au milieu de l'après-midi. C'est à ce moment-là que les tracteurs ramènent les voitures de foin dans les fermes. Les travaux agricoles, cette année, quelle galère: on est passé directement de l'hiver du mois de mai à la canicule du solstice! Vers dix-huit heures, dix-huit heure trente, les gosses font des pirouettes à bécane et les ados, sur la placette, gloussent dans leurs téléphones portables sans jamais déclarer forfait. Ensuite, le boulodrome de fortune prend  doucement des allures de petit G20 provincial.
    Imperturbable, l'employé municipal arrose les fleurs. Ou ce qu'il en reste. Le week-end dernier, des dadais en goguette ont piétiné les terre-pleins. "Saloperie de désoeuvrés!" maugrée Jean en lisant l'entrefilet dans la chronique locale. Jean, c'est le facteur. Après sa tournée, il aime bien prendre un verre. Le seul café qui n'a pas encore baissé rideau aligne trois tables sur le trottoir. Les autres troquets ont tous fermé. Trop de travaux pour se mettre aux normes. En sirotant son panaché, le préposé s'attarde sur le journal du coin. Les décès, les mariages, les naissances, les accidents... Il lit aussi le billet, en haut à gauche de la page 2. Il y a même la photo du chroniqueur qui tient un bouquin dans ses mains. En regardant de près, on découvre le titre et l'auteur. C'est Après beaucoup d'années de Philippe Jaccottet.
    Jaccottet est un immense poète qui vit dans les parages. Mais personne ne le connaît vraiment. Jean s'en fiche. Lui, ce qu'il recherche dans son canard, ce sont les infos pratiques. Ou les échos du conseil municipal. L'annonce des fêtes d'été. Les vide-greniers des alentours. Mais à la Une, il y a cette photo. Un ministre et sa femme "dans la tourmente". Eric et Florence Woerth, ils s'appellent. Pierrot, le patron du café, qui vient faire un brin de causette à Jean, prononce ce nom à sa façon. Il dit "Voerte" et ça sonne un peu comme un hommage aux absinthes verlainiennes d'autrefois. "Tous pareils, hein, y'en a pas un pour racheter l'autre!". Jean, le regard rivé aux résultats du "Mondial" de foot et au classement général du Tour de France, ne répond rien. Ou alors il fait "hum hum" et bien malin qui pourrait comprendre si c'est une approbation ou l'inverse. 
  Rien ne bouge, ou presque. Il y a juste un soupçon d'électricité dans l'air. La grêle est annoncée pour le soir mais, c'est bien connu, "à la météo, ils se trompent tout le temps...". N'empêche, il faut hâter la fenaison. Demain à l'aube, les fourches hydrauliques des colossaux Renault ou John Deere payés à crédit planteront leurs dents dans ces rouleaux herbeux qui, au mitan des parcelles de la PAC, ressemblent aux chignons lavande des aïeules de ce "pays". Ce "pays" qui pleure et qui rit, qui meurt et qui vit. Ce "pays" qui attend les touristes. Ce "pays" en jachère où, dans les villas des lotissements en extension, Internet remplace désormais l'épicier qui faisait jadis sa tournée en klaxonnant à travers des hameaux pleins de vieux taiseux et de chiens tout en gueule. 
  Voilà, ça se passe par ici un jour brûlant de juillet. Plus tard, peut-être, je vous donnerai des nouvelles de par là-bas. C'est où par là-bas? C'est du côté de par ici. Si jamais, un de ces quatre, vous avez l'occasion, arrêtez vous quelques instants, on parlera un peu de Jaccottet. "Faites passer, disait la terre elle-même, ce matin-là, de sa voix qui n'en est pas une. Mais quoi encore? Quelle consigne?" (Juillet 2010). D.P.
 

    

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